"L'enfant métis croit que le monde lui appartient et se reconnaït dans tous et chacun de nous".
Le métissage m’a amenée très tôt à regarder le monde dans toutes ses nuances, des plus viles aux plus louables, des temps anciens à ceux que nous créons. L’enfant métis croit que le monde lui appartient et se reconnaît dans tous et dans chacun de nous. En harmonie, comme le country blues, né de la rencontre des colons irlandais et des fils d’esclaves. Il transcende les clivages, les douleurs, les oppositions et les contrastes. Enfant de la paix et de la réconciliation. Un être nouveau. Le métissage crée une culture, avec ses propres formes et modes d’expression. La France a toujours été une mère Fouettard avec ses enfants métis, appliquant l’adage «qui aime bien, châtie bien», rongée par l’acidité et l’amertume de ses hoquets historiques et sociaux: l’esclavage, la colonisation, l’immigration. Elle-même terre de métissage: Celtes, Latins, Vikings, Germains, Ibères s’aimèrent et engendrèrent sur ce sol fertile. Notre république, en perdant la mémoire des racines et en érigeant des plafonds de verre vers le ciel, a rendu ses enfants métis schizophrènes et fragiles.
Des vallées gasconnes aux pâturages limougeauds en passant par nos villes de panneaux publicitaires, le métis reste, un homme ou une femme de couleur. L’ethnicité reste prégnante. À Chelles, Calais ou Strasbourg, on me demandera toujours:
– Tu es française, mais de quelle origine?
– D’Aquitaine.
– D’Aquitaine mais d’où, aussi?
Situation ubuesque pour le métis qui ne comprend pas cet acharnement à vouloir voir en lui l’étranger. Aux États-Unis, on ne me poserait pas cette question. En tout cas, pas tant que je n’ouvre pas la bouche: mon accent français trahit mes origines. Là-bas, mon métissage n’est pas si apparent. Blanc, Noir, Asiatique ou Latino. On définit, on nomme l’ethnicité, on la fête, on la comptabilise. Longtemps, on recensait la population américaine selon des classifications ethniques et impossible de cocher deux cases à la fois jusqu’au Census 2000, où pour la première fois sont introduites les cases «multiracial, two or more races et other». Le mot métis n’existe pas en anglais. Mulato, mulâtre est très péjoratif. On dira: biracial, biculturelle, bi cultural, mixed, mélangée, half & half, moitié-moitié... Or le métis n’est ni divisé, ni une simple somme. Pas dissocié, pas associé, pas dilué. Il EST lui. Métis. Un être nouveau, avec une vision nouvelle, loin de toute dichotomie ou dualité.
Pendant la course à l’investiture démocrate, j’entendais dans la bouche de certains Afro-Américains qu’Obama «n’était pas assez noir». Beaucoup de ces dubitatifs votèrent pour Hillary, la femme de l’ex-président Bill Clinton, qui est, selon ces mêmes Afro-Américains «le président le plus Noir que la Maison-Blanche ait porté»! Pourtant, dans ce pays de paradoxes, le métis ne vit plus ou pas sa double culture comme un handicap, à l’instar de notre chère patrie qui nous demande de choisir notre camp. Le métis n’a aucun choix à faire. Il est lui, il est les autres, il a ce don de se reconnaître en tous. Et tous se sont reconnus en lui. Barack Obama. L’avènement du métis le plus célèbre et le plus célébré de la planète, élu par un peuple multiculturel et multiconfessionnel, vient nous rappeler à notre idéale devise humaniste et républicaine «Liberté, Égalité Fraternité». Une grande leçon de citoyenneté. La nouvelle citoyenneté du XXIe siècle. Métisse.