En 1956, l’acteur français Daniel Gélin tourne sous la direction d’Alfred Hitchcock, « L’homme qui en savait trop ». Grimé en marocain. Autre époque ? Non, car le scénario exigeait ce « déguisement » : le vrai rôle de Gélin était celui d’un agent secret européen maquillé et vêtu en « local » pour passer inaperçu…
En 2000, Spike Lee, dans son « Very black show » (titre original :)) faisait référence aux minstrel show, des spectacles américains créés fin 1820, d'abord interprétés par des acteurs blancs qui se noircissaient le visage, puis, après la Guerre de Sécession, par des Noirs.
De la mise en scène, des « Nègres » de Jean Genet aux récentes photos de Vogue France, le choix d’un maquillage de Blancs en Noirs renvoie, généralement, vers une volonté artistique ou politique (parfois les deux) de questionner nos représentations, et non de palier à un manque de comédiens ou mannequins noirs en les grimant.
Certes, on pourrait se dire que notre époque devrait favoriser un maximum de circulation des images et des identités. Que des acteurs blancs, noirs et autres devraient pouvoir interchanger les rôles au théâtre ou au cinéma, sans devoir expliquer leurs transformations. Car celles-ci sont, justement, une illustration de la magie de jouer.
Vrai dans un société d’équité, où les Noirs, par exemple, auraient accès à tous types de rôles, sans déterminisme de leur couleur. Loin d’être le cas dans le paysage cinématographique français. Où l’histoire métissée serait suffisamment enseignée pour que les jeunes Noirs n’aient pas à se demander quelle est leur place dans ce pays. On n’y est pas vraiment non plus. Peu de gens savent aujourd’hui qu’Alexandre Dumas était métis, et l’impact évident que cela eut sur son existence.
Daniel Zimmermann, dans son « Alexandre Dumas le grand », rapporte cette conversation :
« - Au fait, cher Maître, vous devez bien vous y connaître en nègres ?
- Mais très certainement (répond Alexandre Dumas). Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, Monsieur : ma famille commence où la vôtre finit. »
Alors, oui, dans le contexte de la France d’aujourd’hui, de ses multiples carences en termes de représentation de sa population métissée, le choix d’un Depardieu en Alexandre Dumas conforte les frustrations de ceux que se confrontent, une fois de plus, au pathétique « Very white show » joué, encore et encore, sur nos écrans monochromes.