Insertion ne rime pas avec paternalisme. Coup de projo sur une autre forme de dynamique économique.
Les entreprises d’insertion vont bien. Globalement. Entre 2006 et 2007, leur chiffre d’affaires a augmenté de 6,8%, leur masse salariale de 3,7%, les effectifs de 2%. Quant au nombre de structures, il a littéralement explosé: +15% en un an, passant de cinq cents cinquante-six à six cents quarante. Alors que dans le même temps, les subventions baissaient de 3,5%. Bons résultats économiques. Bons résultats sociaux également: les «sorties en emploi» progressent elles aussi, passant de 52,3% à 53,5%.
Fin des années 70. L’État se penche sur le problème des personnes très marginalisées. Il subventionne des Centres d’adaptation à la vie active (Cava), qui, par un travail rémunéré, permettent une réinsertion sociale. L’idée est née. Aujourd’hui, les entreprises d’insertion interviennent dans une trentaine de métiers (industriels principalement), de plus en plus dans le secteur des services comme le commerce. Avec un statut d’association ou de société, elles salarient de une à deux cent cinquante personnes, s’implantent aussi bien en milieu rural que dans les zones urbaines sensibles, sur des territoires désertés ou en plein dynamisme économique. Cet univers très hétérogène se rejoint sur un point: la réinsertion par l’activité économique… est concurrentielle. Car il ne s’agit pas d’un secteur protégé. Les entreprises d’insertion assument les mêmes contraintes, ont les mêmes devoirs que toute société, notamment le respect du droit des salariés: contrats de travail, niveau de salaires, application des conventions collectives, représentation du personnel, etc. Le marché est le même pour tous.
Une philosophie
«Nul n’est a priori inemployable»: voilà le but de ces entreprises pas comme les autres, rappelle David Giffard, président du groupe Alterna Développement. «À la sortie, les jeunes doivent pouvoir réintégrer l’emploi normal. Nous prenons à notre charge la formation et l’accompagnement vers la professionnalisation. Mais nous intervenons également sur tous les points bloquants: logement, endettement, santé, etc. Au bout de deux ans, nos salariés doivent pouvoir se prendre en main sur le plan professionnel mais aussi social, administratif.» Le groupe Alterna Développement a sept ans. Il navigue dans le secteur des services, événementiel et restauration (notamment l’Usine à Saint-Denis), traiteur éthique, boutiques de commerce équitable, location de voitures hybrides, logistique, communication; et s’est lancé dans la mode bio avec sa marque Article 23. Il emploie cent trente personnes dont soixante-dix en situation de réinsertion. De quoi stimuler encore un peu plus les salariés qui bénéficient de ce statut. Leur redonner la confiance qui leur manque pour faire le grand saut vers l’emploi dit «normal». Surtout lorsque l’entreprise pour laquelle ils travaillent est florissante et gagne des marchés. Or, elles sont de plus en plus nombreuses à durer. Preuve que la lutte contre les exclusions par l’investissement dans l’emploi est un choix périlleux mais viable.