Après l'appel de Mediapart : « Nous ne débattrons pas », c’est au tour de SOS Racisme de réclamer l’arrêt du débat sur l’identité nationale. Une pétition en ligne a été lancée.
"Arrêtez ce débat, Monsieur le Président de la République - Le racisme n’est pas une opinion". Voilà le message que SOS Racisme envoie à Nicolas Sarkoy. A la différence de l'appel lancé par le journal d'information en ligne Mediapart [1], la pétition de SOS Racisme a d'emblée bénéficié d'un bon relai médiatique et du soutien de nombreux peoples et politiques, gauche et droite confondues. Elle compte déjà 25 000 signataires, dont les anciens Premiers ministres socialistes Pierre Mauroy et Lionel Jospin, les comédiens Pierre Arditi, Isabelle Adjani, Josiane Balasko, Charles Berling, le philosophe Bernard-Henri Lévy, l'historien Jacques Le Goff, la chanteuse Lââm et la dessinatrice Marjane Satrapi.
Le ministre de l'immigration Eric Besson, à l'origine du " grand débat ", est bien décidé à le poursuivre, puisqu'il annonce que les discussions et réunions publiques autour de l'identité nationale seront prolongés jusqu'à fin 2010. En ajoutant au micro de RTL, "faire bien vivre" ce qu'il affirme être "un immense succès populaire". Immense succès populaire ou lacher de ballon racistes ?
Pour l'ancien Premier ministre Alain Juppé, "Tout ce qui peut dresser les communautés les unes contre les autres, et en particulier les musulmans contre les autres, est détestable".
Du coté de la société, à en croire les résultats du sondage CSA publié lundi par Le Parisien, 29% des Français souhaitent l'arrêt du débat, 21%, sa suspension, contre 34% pour sa poursuite. 16% ne se prononcent pas.
A LIRE : L'appel de SOS RACISME
Arrêtez ce débat, Monsieur le Président !
Depuis le 2 novembre 2009, la France a été entraînée, malgré elle, dans les tourments d’un débat sur l’identité nationale. De nombreuses voix s’étaient pourtant élevées pour avertir que le lien posé d’emblée entre l’immigration et l’identité nationale était de nature à libérer une parole au « mieux » stigmatisante, au pire raciste.
Malheureusement, ces prédictions apparaissent aujourd’hui se situer bien en-deçà d’une réalité inquiétante et nauséabonde. En effet, depuis plusieurs semaines, les débats sur l’identité nationale sont apparus comme des espaces de libération d’une parole raciste, prompte à remettre en cause, de façon insidieuse ou explicite, la légitimité de la présence sur le sol national de catégories entières de la population.
Un nombre substantiel de réunions nous font honte tant les propos qui y sont tenus heurtent nos consciences de républicains et de démocrates, attachés aux valeurs du vivre ensemble. Propos violents envers les immigrés et leurs enfants, vision caricaturale des « jeunes de banlieue », obsession autour de la figure du musulman comme euphémisation d’un racisme anti-arabe qui n’ose plus s’exprimer en ces termes : voilà quelles semblent être les principales réflexions qui émergent des réunions tenues sur le territoire.
Pire, des responsables politiques de premier plan ont cédé au tropisme de la stigmatisation. Ainsi, il y a quelques jours, une Ministre de la République, Nadine Morano, livrait en creux sa vision du musulman, essentialisé dans la position de celui qui refuse de s’intégrer à la Nation, fût-il français.
La technique consistant, face aux tollés soulevés par de tels propos, à expliquer que ces derniers ont été mal compris ne doit pas faire illusion. La preuve n’est plus à faire que le débat sur l’identité nationale, bien loin de renforcer l’adhésion aux valeurs de la République, est un facteur de haine et de désunion, là où notre pays devrait s’atteler à cultiver le vivre ensemble. Un vivre ensemble trop fragile pour qu’il soit affaibli à travers un débat qui, posé en ces termes, ne pouvait finalement rien produire d’autre.
Face à cette réalité qu’il est inutile de vouloir camoufler, il est tout aussi inutile de sortir la carte du « peuple dont l’expression est légitime ». Car, dans notre pays comme dans toutes les grandes démocraties, le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. À cet égard, les propos racistes tenus dans des réunions organisées par les préfectures sont d’autant plus graves que l’Etat vient apposer sa légitimité à l’expression de pensées qui n’ont pas lieu d’être dans l’espace public.
C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Président de la République, de mettre un terme à ces réunions, sans quoi la République française que vous représentez aura fait le choix de laisser se tenir en son sein et avec son assentiment un débat de nature à briser durablement les fondements de notre vivre ensemble.
Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/journal/france/021209/lappel-de-mediapart-nous-ne-debattrons-pas
[2] http://arretezcedebat.com/