Stanley, Phil, Alexandra, Agathe et Bibhudutta. Cinq militants parmi des dizaines de milliers, qui ont investi les rues de Copenhague. Tous ont leur propre histoire. Portraits.
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"Au Kenya, on compte sur moi"
"C’est la première fois que je quitte le Kenya, confie Stanley Selian, 26 ans. Et je suis impressionné par l’hospitalité des Danois. Mais surtout par le froid et le trafic qu’il y a dans la ville. Chez nous il y a beaucoup d’accidents à cause des voitures, mais ici je n’en ai vu aucun!"
Au-delà de la découverte d’un monde nouveau pour lui, ce Masaï est avant tout à Copenhague pour "obtenir de l’aide". Le changement climatique a d’importantes conséquences sur la vie au Kenya. "Nos cultures s’assèchent à cause du réchauffement, assure-t-il. Les gazelles, les zèbres, les animaux en général manquent d’eau. Or, nous avons besoin d’eux pour attirer les touristes et gagner notre vie."
Mandaté par une ONG locale, l’Eyaua Youth group, il vend des objets artisanaux au Klimaforum09, le sommet citoyen, pour subvenir aux besoins de sa communauté. "Là-bas, on attend beaucoup de moi", explique-t-il. Au Kenya, les compatriotes de Stanley aimeraient surtout que le sommet de Copenhague débouche sur un accord international en faveur des pays en développement.
Treize ans d’activisme en faveur du climat
En 2001, lorsque George W. Bush annonce qu’il ne ratifiera pas le protocole de Kyoto, Phil Thorn Hill intègre la Campagne contre le changement climatique, une ONG internationale. Avec déjà derrière lui cinq années d’activisme local en faveur des Amis de la Terre.
Pour ce Britannique de 54 ans, pas question de manquer le sommet de Copenhague. "C’est très important que les militants du monde entier puissent se rencontrer et porter ensemble le même message dans la rue." Il a donc fait plus de onze heures de route en van, avec tout le matériel de son ONG, pour rallier la capitale danoise.
Phil reconnaît qu’à Londres, au contraire des paysans des pays du Sud, il ne ressent pas vraiment les effets du changement climatique. "En fait, le gros problème, c’est que ceux qui peuvent faire quelque chose pour la planète habitent dans les villes où il y a très peu de conséquences". Ce qui l’inquiète surtout, c’est que "même le meilleur accord qui a été proposé pour le moment, a priori celui de l’Union européenne, n’est pas suffisant vu l’ampleur de la crise climatique".
Au secours des mangroves
Bibhudutta Sahu est membre du comité syndical des services sociaux en Inde. Vêtu d'un t-shirt blanc sur lequel on peut lire "Only need, not greed" (Un réel besoin, pas de la gourmandise), il attend, avec une vingtaine d'autres militants indiens, d'accéder au Bella Center. A Copenhague, ils veulent attirer l’attention sur les conséquences que le changement climatique a sur la vie des tribus indiennes.
"Coresponsables, mais à différents niveaux"
Alexandra Almeida est Equatorienne, mais elle arrive de Genève. "Tous les représentants de Movimientos sociales del Sur s’y sont retrouvés le 27 novembre et ensuite nous sommes partis en bus pour Copenhague", explique la membre de Action Ecologique Equateur.
Elle passe rapidement sur ce qu’elle pense de la capitale danoise – "une belle ville, mais froide et chère" - pour en venir à ce qui occupe son esprit, comme celui de tous les participants au sommet, à savoir l’éventualité de voir la COP15 aboutir à un accord efficace en faveur du climat. "Une fois de plus, les leaders politiques ont l’opportunité de trouver un bon accord, mais j’ai peu d’espoir, confie cette biochimiste de 44 ans. Peut-être même qu’ils parleront plutôt de commerce, de taxe carbone, mais pas de climat. A la limite, je préfère qu’ils n’arrivent à rien plutôt qu’à un mauvais accord", ajoute-t-elle.
Pour Alexandra, tous les pays sont responsables du changement climatique – "L’Equateur est un pays pétrolier", reconnaît-elle - mais à des niveaux différents parce que tous ne subissent pas les mêmes impacts. "Le phénomène d’El niño a causé des désastres ces dernières années, comme nous n’en avions jamais vu", explique-t-elle, désabusée.
Etudiante à l’agenda chargé
"J’arrive très tôt le matin et repars tard le soir, je vais de session en session pour m’enrichir, et en même temps je participe à l’organisation de la Youngo (mouvement international des jeunes pour le climat, ndlr) et du Mouvement des jeunes Français à la COP15, qui a été créé récemment", raconte Agathe Cavicchioli. Un agenda de ministre pour cette jeune Metzine de 20 ans qui étudie à l’Institut d’études politiques de Lille.
C’est la première fois qu’elle participe à un sommet de cette importance. Un moment marquant, qui laisse des traces: "je ressens beaucoup d’excitation en voyant la mobilisation des jeunes, avoue-t-elle. Dans les couloirs du Bella Center, c’est vraiment intense. Il y a tellement d’enthousiasme!" De l’enthousiasme, malgré un certain pessimisme quant à l’issue des négociations. "Je ne me voile pas la face", concède d’ailleurs Agathe. Mais, pour elle, la qualité de l’accord qui résultera du sommet est passée au second plan. "Vu la mobilisation de la société civile cette année, je garde espoir, même s’il faut attendre le COP16", assure-t-elle.
Liens:
[1] http://www.youphil.com