Mabrouck Rachedi
Réjane Ereau
«J’ai peur, peur du futur, peur de mes peurs, peur de l’homme parfait, peur de l’amour, j’ai peur que l’on m’oublie». Le premier poème de Sous les verrous la page donne le ton du recueil écrit au centre pénitentiaire d’Aiton (Savoie).
«Une initiative contre l’isolement social et culturel, estiment Joseph et Florence Haeringer, visiteurs pour l’association du festival du premier roman de Chambéry. Dans les atelier de lecture, les prisonniers donnent leur avis sur des livres, rencontrent des auteurs et bénéficient de bonifications pour leur libération!»
Même constat chez Marie- Hélène Marsan, bibliothécaire à la communauté d’agglomération de Pau: «La visite de la bibliothèque est une bouffée d’oxygène pour les détenus; nous discutons actualité, romans… On lit de tout: beaux livres, dicos, poésies, manuels de droit, guides de recherche d’emploi… Cela permet de rester debout, avec des objectifs.» Ancien détenu de la maison d’arrêt de Pau, Charles Roux s’est découvert une vocation. En prison, il a rédigé Fenêtres, recueil de onze nouvelles, dans onze genres différents (policier, burlesque, érotique, conte, poésie…).
«Porter l’écriture, et surtout l’énergie de l’écriture, au coeur d’une prison, revêt beaucoup de sens», témoigne Olivier Deck, initiateur du projet. «Pour un écrivain, prendre le risque d’écrire, c’est important. Pour un détenu qui s’interroge sur sa valeur d’homme, ça l’est encore plus», poursuit Josée Guellil, des éditions de l’atelier in8.Avec Fenêtres, un auteur semble être né.» Olivier Deck insiste: «On ne fait pas croire à un homme qu’il est écrivain, on lui donne l’occasion de mettre le pied à l’étrier.» Les lecteurs institutionnels, séduits par le résultat, évoquent déjà un atelier poésie au quartier femmes. Car «même si la tempête est terrible, l’espoir germe au-delà des murs, là où mon avenir féconde», conclut un détenu d’Aiton.