D’un voyage à Harlem fait par treize lycéens dionysiens (93), est née une expo photo, «Dream or Die» (vivre ou mourir). Un travail initié par Aurélie Gigot, leur professeur d’anglais, et parrainé par Martine Barrat, photographe. Retour sur image.
Tout commence quand Aurélie reçoit un coup de fil de la mairie de Saint-Denis: «Le comédien Samuel Légitimus souhaite rencontrer une classe, pour un projet autour de Harlem.» Banco. L’acteur fait découvrir l’œuvre de l’écrivain James Baldwin aux élèves, la jeune femme les emmène sur place. Treize sont du voyage, logés chez leurs correspondants de la Frederick Douglass Academy. Dix jours à la découverte de cette Amérique dont ils ont tant de clichés dans la tête.
Premier contact avec New York : Times Square et ses paillettes. Puis, les sans-abri, le cloisonnement entre communautés. Sommes-nous tous égaux devant le rêve? «Les photos des jeunes sont une visite guidée à travers le rêve américain, et les questions qu’il suscite, commente Aurélie. Sur nos identités, notre place en banlieue… Les élèves ont exploré ce qui nous différencie, et ce qui nous unit.» Ouardia confirme: «J’imaginais les Américains comme dans les séries télé. Ceux que j’ai rencontrés ont le même quotidien que moi! Martine Barrat nous a fait découvrir Harlem: c’est comme à Saint-Denis, il y règne une convivialité, une fraternité. Mais la séparation géographique entre communautés empêche le mélange, tel qu’il existe chez nous.»
Un voyage pour découvrir, mais aussi prendre du recul. «Aucune des idées que je me faisais ne correspond à ce que j’ai vu. Je me suis donc interrogé sur celles que les autres avaient mon quartier, poursuit Ouardia. Certains croient qu’à la cité des Francs-Moisins, on y coupe des têtes! C’est qu’ils n’ont pas eu l’opportunité de se rendre compte! Des gens de la BBC nous ont interviewés. On a parlé du projet, de notre volonté de bousculer les clichés. Au final, ils ont fait un amalgame entre nous, Zacarias Moussaoui(1) et la “nécessité de surveiller les bastions islamistes de banlieue”!».
En avril, ce sera au tour des jeunes de la Frederick Douglass Academy de venir. «Leur vision de nos banlieues est formatée par les images retransmises par les chaînes américaines en 2005: émeutes, voitures qui brûlent, etc. On les invitera à déguster le couscous… On leur montrera le quartier, loin des clichés!»
(1)Français d'origine marocaine impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001.