Trois questions à Jean-Michel Martial - Dentiste de formation,comédien et metteur en scène, nominé aux Molières en 2003. Actif sur la question de la diversité depuis plus de 25 ans.
Quelle différence entre le contexte actuel et celui de tes débuts? Il y a quinze ans,les gens de couleur étaient exclus de la télévision. Les choses ont évolué quand la pensée politique a admis que le modèle d’identification n’était pas que ce blond d’1m78 aux yeux bleus. Mais la France doit faire beaucoup mieux! Se sentir non-représenté au sein d’une société peut mener à la folie. À moins d’aliéner délibérément une partie des citoyens, les politiques doivent faire de cette question un enjeu majeur.
Le ministère de la Culture? Une partie du problème dépend de lui. Plus jeune, j’ai rencontré une personne du ministère à ce sujet.Très vite, elle a évoqué la nonreprésentativité des Bretons et des Normands. Je me suis levé d’un bon pour dire «non»! J’exprimais là ma douleur, sans pour autant parvenir à la faire comprendre. Dorénavant, nous sommes moins dans la souffrance, donc capables d’aborder le sujet de manière plus technique.
Y a-t-il des solutions autres que politiques? Les créateurs font émerger des idées codifiées par leur scolarité. Et j’ai toujours été le seul Noir de ma classe… Aujourd’hui, 60% des classes sont métissées. Cela va porter ses fruits. En attendant, si je veux faire un film autour de la diversité, je dois être à la fois acteur, scénariste, producteur et réalisateur! Un jour, Claude Berri m’a dit: «Vous avez tout pour passer la barre». Je lui parle d’un projet avec un Noir dans le premier rôle et il me répond:«Trop compliqué ». Claude Berri, le mec qui sait tout faire dans le cinéma français! C’est symbolique de la situation actuelle. J’admire son honnêteté. Il ne m’a pas baladé comme d’autres le font.