Ils sont athées, bouddhistes, juifs, sikhs, chrétiens, musulmans ou hindous. Visages d’une jeunesse qui, quelles que soient ses croyances, cherche à leur donner du sens.
Emilie, Liban Ma force, mon ange gardien, une présence que je ressens dans tous les détails de la vie quotidienne.
Sarah, USA Une vibration qui pénètre tous les recoins de mon monde. La nature, la compassion, les pauvres, la tendresse comme la haine. Le filtre de toutes les interactions de notre vie, même si on sent rarement sa présence physique.
Ahmed, Algérie Dieu est partout, Dieu n’est nulle part. Il fait partie de ma vie, dans la parole, dans mes gestes, dans ma tête. Dieu est bon, Dieu est méchant, mais pas de la même manière que les humains. Dieu m’épie, me juge, sensations pesamment étranges…Il m’empêche de faire des choses, il a trop d’interdits… La musique, les chants que je préfère sont tabous. Au lycée, j
e dois apprendre par cœur des versets du Coran mais je n’arrive pas à comprendre leur signification… J’ai des mauvaises notes, mes enseignants et mes parents ne sont pas contents, mes camarades
se moquent de moi. Je dois faire mes prières tous les jours pour paraître quelqu’un de bien aux yeux de ma famille et de la société. Il faut être très propre et je n’aime pas me laver tout le temps, je culpabilise car Dieu n’aime pas les feignants et les gens sales, d’après le Coran… Je saute souvent mes prières et j’ai du remords, mais je me sens mieux quand je récite la formule « Dieu est bon et miséricordieux ». C’est une très bonne astuce, mes péchés passent mieux ! Je ne veux pas paraître différent : je dois faire comme tout le monde, surtout pour la religion, c’est sacré. Mais je suis contre les gens qui racontent des bêtises, du type : « le fromage rouge est péché, la baignade au mois de ramadan est interdite, le voile pour les femmes est obligatoire… Le licite et l’illicite sont des notions liées aux traditions d’un pays, d’une région ; je crois qu’elles n’ont aucune relation avec Dieu. Aucun verset du Coran ne parle de fromage !
Chaadi, Liban Tout ce qui existe a à voir avec Dieu. Dieu existe dans mon comportement, mon acceptation de l’autre. Même si je ne pratique pas. Dieu, ce n’est pas des discours, mais une manière d’être.
Gauri, USA Originellement, l’hindouisme n’est pas une religion, car il n’est pas basé sur un livre ou des des règles de vie spécifiques. C’est plutôt une façon générale d’être au monde. Pour moi, la loi du karma est importante. Elle ne dit ce que tu peux faire ou pas, mais que tu dois assumer les conséquences de tes actes.
Karim, Algérie Je crois en Dieu, normal, je ne veux pas de complication avec lui ! Ni lui avec moi… Sa manifestation est partout, surtout dans la nature. Les séismes, les inondations, les cyclones, la sécheresse, c’est Dieu qui les provoque, pour nous punir, pour nous rappeler son existence. Je ne m’’imagine pas incroyant. On peut remettre en question nos propres agissements, mais jamais Dieu.
Anna Su, USA Mon créateur, le sauveur de mon âme. Le paradigme de l’amour. Une autorité à respecter, non pas par peur de la punition, mais parce qu’il sait ce qui est bon. Prendre conscience que le monde est plus vaste que ce que je vis est, pour moi, une source de joie et de soulagement. Je mets Dieu à l’origine de toutes les belles choses de l’existence : de bonnes choses à manger, des tissus colorés à porter, des gens intéressants à rencontrer, de chouettes chansons à écouter… Je travaille dans l’industrie musicale à Hollywood. Même si beaucoup pensent que c’est un univers très prosaïque, Dieu m’y apparaît en plein d’occasions. Il est partout, suffit de regarder !
Raffi, USA Je crois que certains aspects de la réalité nous échappent, mais je n’irais pas jusqu’à les attribuer à Dieu, ni à conjecturer sur leurs origines, leurs raisons d’être, et ma place dans tout ça. Je suis juste scotché par la beauté du monde, et par l’insondable immensité de l’univers. Le concept de Dieu est un moyen de rattacher nos esprits à l’inconcevable, de le personnifier. Un mot créé par les êtres humains pour expliquer le mystère et l’immense incertitude de leurs vies. La religion n’a pas de place dans la mienne, mais je m’intéresse aux philosophies orientales, notamment au taoïsme. Je ne crois pas que les réponses puissent venir de l’extérieur ; il s’agit plutôt d’une recherche intérieure.
Joshua, USA Je suis né dans une famille plutôt stricte, avec un pasteur en guise de père. Bien que nous ayons eu des différends pendant des années, j’en suis venu à l’admettre, comme j’aurais accepté qu’il devienne moine bouddhiste. Bien que les religions ont servi de prétexte, tout au long de l’histoire, à la plupart des guerres, j’ai choisi de ne pas attaquer les individus qui suivent leurs enseignements.
Eric, France Je ne crois pas en un démiurge, au paradis ou à la réincarnation. Je crois au miracle de la vie, au fait d’arriver parfois à se comprendre sans un mot, à la magie de certaines expériences qui dépassent notre entendement.
Fatima, Algérie J’aime Dieu, mais je le crains. Cette crainte me gène, je ne comprends pas ce mélange d’amour rempli de peur.
Amy, USA Dur de croire en Dieu quand tu as peur en permanence de ce qui se passe dans le monde. Avec le terrorisme, les Etats-Unis ont découvert ce que ce signifiait vivre dans la peur – une sensation que d’autres pays expérimentent depuis des centaines d’années. Difficile de croire que tout dans nos vies a un sens, quand on a du mal à trouver un sens à la violence du monde.
Joanne, France La religion est une saloperie quand elle sert à justifier l’injustifiable (l’atteinte aux droits de l’Homme), annihile ton esprit critique, t’enferme dans la crédulité et la superstition. Elle est utile quand elle donne une dimension spirituelle à ta vie, t’ouvre au monde, t’incite à la solidarité, à l’amour, à réfléchir à ce qui est bon, ce qui est juste. Petit à petit, je suis arrivée à la conclusion que Dieu est en moi, que j’ai en moi ce pouvoir d’être bon, de me changer, et de changer le monde.
Farid, Algérie J’implore souvent Dieu, mais il m’ignore, je lui demande peut être trop de choses en même temps ! Je suis jeune et impatient : je lui demande de me faire riche… Jusqu’à présent aucun signe, rien, walou ! Enfin, dans mon impatience, je vais être patient : un jour, peut-être, il me regardera… Pour un voyage, une voiture, un beau mariage, une grande maison, une bonne situation sociale…
Jérémie, France Né dans une famille juive pratiquante, je me suis posé beaucoup de questions. La foi ne tombe pas du ciel, ça se construit. Comme je trouvais essentiel de ne pas appliquer bêtement des préceptes, j’ai étudié la Torah. La religion c’est aussi mes parents, mes grands- parents, mes arrière-grands-parents… jusqu’à Moïse. Un mec vit, mange, travaille, boit un verre avec ses potes, se couche le soir, et rebelote pendant 90 ans. Un beau jour, il meurt et plus rien, néant. Ça fait flipper, non ? La foi, c’est le contraire, c’est sentir qu’on est relié. Ça booste. Quand j’étais gamin, je portais la kippa. Quelquefois je me suis fait traiter de « sale juif ». C’était dur. Je me suis souvent bagarré. Entre jeunes on a facilement un rapport de force. Après, les choses se calment. On a beaucoup d’idées préconçues ; quand on commence à parler, on oublie. Y a même des gens avec qui on se lie d’amitié.
Gaëtane,France Je crois que quelque chose nous relie les uns aux autres. Certains nomment ça Dieu ou Allah, d’autres « l’amour »… Moi je l’appelle « l’unité ». Suivre certains rites ? Pourquoi pas ? A condition que tu les fasses en conscience, que tu saches ce qu’ils vont t’apporter, en quoi ils vont t’aider à faire l’expérience de cette unité. En toi, et avec le reste de l’humanité.
Edwige, France Mes parents sont catholiques pratiquants. Ma mère fait régulièrement des pèlerinages à Lourdes. Quand j’étais gamine, je me racontais des histoires avec les personnages des vitraux de l’église, pour ne pas m’ennuyer pendant la messe ! Je ne comprenais pas pourquoi on devait s’asseoir, se lever, chanter. Au fil des années, j’ai commencé à éprouver quelque chose... Le fait de savoir que quelqu’un pense à toi, que tu es aimé, protégé, c’est très important. J’ai connu la plupart de mes amis dans une association de jeunesse ouvrière chrétienne. Avec eux, on a créé quelque chose : on sort, on organise des discussions sur la sexualité, l’actualité... On parle de tout. La foi est intérieure et personnelle, mais pour moi, il est important de la partager. Je ne vois pas l’intérêt de prier seul chez soi.
Nadia, Algérie Je pense à Dieu la nuit. Toutes mes questions sur l’existence ont des réponses dans le Coran. L’univers, les planètes, la morale, l’amour de la famille, les animaux, les plantes, les océans, enfin tout sur la vie, tout y est dit et écrit. La journée, je pense moins à Dieu : trop de bruits, trop de gens… Sauf bien sûr lors d’événements importants : un enterrement, une catastrophe, une mauvaise nouvelle … Croire en Dieu n’empêche pas de vivre, Dieu donne la vie, donc il aime la vie.
Mohamed, France Je me sens musulman et citoyen français d’origine marocaine. Français, c’est ma nationalité, musulman, c’est ma confession. Toute ma vie, j’ai prié, j’ai fait le ramadan ; depuis un an, je vais tous les jours à la mosquée. Ça me plaît, je me sens bien… Ici, on n’a plus de soucis, on oublie l’extérieur, on est apaisé. C’est une grande famille et on s’entraide. Dehors, on parle toujours de ce qui ne va pas : à la mosquée, on évoque des choses positives. À l’école, on étudie les religions, mais on ne donne pas notre point de vue. Chacun parle comme s’il n’était pas pratiquant. On se met des limites pour ne pas créer de problèmes avec les autres. Dans toutes les religions, il y a quelque chose de bien. Sinon je ne vois pas pourquoi il y aurait autant de fidèles chrétiens, juifs ou bouddhistes.
Juliana, USA La religion me semble importante car elle crée des communautés. Dans une ville trépidante comme New York, où tu peux te sentir très isolé, en dépit de la densité de la population, les groupes religieux procurent un réseau de soutien et la sensation d’être en famille. Pour beaucoup d’étudiants, déracinés pour la première fois de leur milieu d’origine, la présence de la communauté religieuse est un confort ; elle permet d’atténuer le challenge de vivre par soi-même.
Pierre-Yves, France Dieu ? Non merci ! J’ai fait toute ma scolarité chez les Jésuites, ça m’a suffit ! J’assume mon côté très français : je suis athée, je suis pour qu’on puisse blasphémer sur toutes les religions. Aujourd’hui, il est bien plus facile de se moquer de la chrétienté que des juifs ou des musulmans. Je comprends que certains sujets puissent être plus sensibles que d’autres, mais tout de même...
Claire, France Et si Dieu n’était qu’une allégorie pour nous enseigner les valeurs, la transcendance, l’humanité ? Et la religion, des techniques pour s’en approcher, se recentrer, faire l’expérience de l’énergie, de la bonté ? Parfois, je me dis que la vérité est simplement là, à vivre pleinement le moment présent, totalement soi-même tout en étant complètement les autres. Avec, pour base commune, la bienveillance et le respect. Hélas… L’homme a cette foutue tendance à tout pervertir à des fins personnelles, à toujours chercher à savoir qui a raison ou qui est le plus fort. Pour moi, s’enfermer dans un dogme finit par clore les portes qu’il est censé ouvrir. Bon sang, pourquoi ne peut-on pas discuter de spiritualité sereinement, comme en échange des recettes de cuisine ?
















