Ziad Medoukh est enseignant, responsable du département de français à l'Université Al-Aqsa de Gaza, et fondateur du "centre pour la paix". Après huit mois en France pour terminer sa thèse, il retrouve sa terre natale. Ressenti.
Difficile pour moi, citoyen palestinien de Gaza, de décrire la situation actuelle de cette région de monde très isolée. Gaza sous blocus, Gaza prison à ciel ouvert, Gaza la dernière agression israélienne.
Moi qui ai vécu huit mois de liberté en France et en Europe, huit mois de rencontres et des conférences, de déplacements et de contacts... Pendant ces huit mois, j’ai été entouré par des amis très sympas, qui m’ont aidé à supporter mon éloignement de ma famille et de mon pays. J’ai été reçu comme un roi par des associations et des organisations de solidarité : pour parler de Gaza, pour évoquer la souffrance d’un million et demi d'habitants isolés, enfermés dans leurs villes et villages, mais surtout pour passer le message de notre volonté de continuer à vivre à coté des ruines de nos maisons sans perdre espoir d’un lendemain meilleur. D'un lendemain de paix.
De retour de Gaza depuis quelques jours, je suis en train d’affronter la réalité : une réalité certes pas nouvelle, mais choquante pour quelqu’un qui a beaucoup voyagé en France et en Europe et qui, ici, n’arrive pas à se déplacer, du fait du blocus imposé depuis plus de trois ans. La vie d’un Gazaoui est très dure, non seulement à cause du blocus et de l'isolement, mais aussi à cause des graves conséquences de la division sur les organisations publiques et non gouvernementales oeuvrant dans la bande de Gaza. Certes, l’éducation et les systèmes de santé continuent de fonctionner avec beaucoup de courage et détermination, mais les difficultés demeurent.
Le consulat général de France à Jérusalem fait des efforts remarquables pour aider les palestiniens de Gaza à sortir du territoire et y revenir. Il nous aide aussi à maintenir ouvert le seul centre culturel étranger de Gaza : le centre culturel français. Et déploie beaucoup d’efforts pour faciliter la participation des francophones de Gaza à des stages, séminaires et programmes de bourses universitaires organisés en France. Mais c'est du côté israélien que ça bloque : politique arbitraire de délivrance d’autorisation aux Gazaouis, difficultés imposées par les soldats aux points de passage...
Je suis très heureux de retrouver ma famille, mes étudiants, mon département de français, mais j’aurai besoin de beaucoup de temps pour affronter cette réalité si différence de l'Europe, après des mois de liberté. Je suis revenu à ma prison, me voilà de nouveau isolé dans une ville qui continue à résister et à subir le blocus, l’enfermement et les difficultés de la vie quotidienne .
Dix mois après la fin de l’agression israélienne, rien n'a changé à Gaza. Les frontières sont toujours fermées ; les passages qui relient la bande de Gaza à l’extérieur s’ouvrent une ou deux fois par semaine, pour permettre à quelques camions d’acheminer une petite quantité de médicaments et de produits alimentaires, Par ordre militaire israélien, beaucoup de produits sont interdits d’entrée à Gaza, y compris les matériaux de construction... Mais le plus grave pour sa population, c’est l’absence de perspective pour l’avenir.