12 octobre 2009, Paris. L’association "Les Marianne de la diversité" investit l’Assemblée Nationale. Au programme du colloque : la parité et la diversité dans l’entreprise. Reportage.
Aujourd’hui, des femmes (et des hommes) sont venus témoigner, échanger, débattre. « C’est la première fois qu’il y a autant de femmes dans la salle Colbert ! », dit Marie-Jo Zimmerman, député UMP et présidente de la délégation de l'Assemblée Nationale aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes.
Premier tour de table : « l’entreprise, handicapée de la parité ? »
« Si les femmes sont de plus en plus nombreuses à travailler (47%), elles sont quasi absentes du top managment des entreprises et du service public, explique Brigitte Grésy, Inspectrice générale des affaires sociales et auteur d’un rapport sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes(1). C'est le résultat d’une logique de cooptation au plus haut niveau. Les hommes s’entourent et recrutent des gens qui leur ressemblent. Ce sont comme des quotas invisibles ». Selon elle, l’instauration de quotas réels et d’objectifs chiffrés est une nécessité. « Il ne s’agit pas de promouvoir une incompétente au détriment d’un homme excellent, mais au contraire, de promouvoir des compétences de valeur comparable ». Actuellement, 10,5% de femmes siègent aux conseils d’administration d’entreprises françaises du CAC40 - chiffre qui tombe à 8% dans les 500 premières sociétés françaises. Sa proposition : imposer 40% de femmes d’ici six ans, 20% d’ici deux ans. « Si un homme est nommé comme administrateur alors que le quota n'est pas atteint, sa nomination sera purement annulée! »
Sur l’estrade de la salle Colbert, cinq de ces femmes minoritaires témoignent. « Les dirigeants ont tendance à considérer qu’on ne pourra pas assumer des réunions importantes ou des fonctions à hautes responsabilités, qu’il est plus difficile pour nous de concilier vie professionnelle et privée, explique Marie Vezy, vice présidente Ressources Humaines du groupe Schneider Electric. Lorsque j’ai été intégré mon poste, j’entendais dire que c’était « grâce » à une promotion canapé ! Je n’étais pas vue comme un leader ».
« Je me suis imposée grâce à mes compétences. Mon mari m’a beaucoup aidée », affirme Brigitte Dumont, Directrice des Ressources Humaines de France Télécom Orange. Pour Véronique Rouzaud, son homologue chez Veolia Environnement, les stéréotypes ne sont pas véhiculés uniquement par les hommes : « Mon premier obstacle, c’était ma mère. A chaque fois que j’obtenais un poste plus important, elle réagissait comme si c’était un miracle ! »
A l’unanimité, la clé de la réussite réside aussi dans le fait d’avoir un modèle. L’exemplarité est libératrice. « Avoir un modèle qui représentait pour moi l’ultra-performance m’a boostée », confie Véronique Rouzaud. Dans le privé, le conjoint peut être un soutien important, mais peut aussi représenter un frein : « Des femmes refusent des promotions car elles ne se sentent pas capables d’assumer un salaire plus élevé que celui de leur mari », raconte Barbara Lavernos, Directrice générale des achats de L’Oréal.
Les témoignages fusent. Mais le temps est compté. Place à la deuxième table ronde : « Les femmes et les médias, un miroir à deux faces »
« Il y a un vrai décalage entre la vie des femmes aujourd’hui, et leur image et leur place dans les médias, souligne Brigitte Grésy, également rapporteuse de la Commission de réflexion sur l’image des femmes dans les médias(2). Elles sont toujours moins présentes dans le contenu, dans l'expression ou le temps de parole : 1/3 de femmes pour 2/3 d’hommes ». Ajoutez à cela 80% des experts dans les émissions de radios de sexe masculin, et des interventions de la gente féminine beaucoup plus importantes à titre de témoins ou de victimes. Pour Elizabeth Tchoungui, journaliste animatrice à France 5, les médias régressent. « Il y a moins de femmes à la tête des rédactions qu’il y a 20 ans ! La plupart de celles qui ont réussi à la télé ont eu un pygmalion. On demande aux hommes d’avoir un réseau, aux femmes, d’avoir un protecteur ! » « La situation n’est pas étonnante, interpelle une femme dans le public. Les médias sont dirigés par des hommes, qui préfèrent travailler avec des hommes et diffusent donc un contenu à leur image ».
Au centre des conversations, aussi : les conclusions et propositions (très attendues) de la commission « Média et Diversité », présidée par Bernard Spitz, créée à l'initiative de Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l'égalité des chances. Rendez-vous début décembre…
(1) Rapport sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, remis en juillet 2009.
(2) rapporteure de la commission sur « l’image des femmes dans les médias », septembre 2008.