En goguette aux 21e FrancoFolies de Montréal, Respect Mag part à la rencontre d'artistes qui font bouger la scène québécoise. Rendez-vous éclectiques avec Sir Pathétik (rap), Karkwa (rock) et Martin Léon (chanson).
KARKWA
Décryptage de la condition des artistes au Québec via Karkwa, un groupe à la stature internationale.
Quel est l’enjeu pour Karkwa de jouer à Montréal, aux 21èmes Francofolies ?
Les Francofolies c’est toujours important ; on aime faire un gros show à domicile ! Pour les artistes québécois, jouer dans ce festival, c'est un peu une consécration... surtout quand on se produit au Métropolis le soir devant une salle blindée ; c’est très flatteur !
Hors frontières, ça se passe comment ?
En 2009, on a passé trois mois en Europe, ce qui est énorme. De manière générale, on passe la moitié de l’année ici et le reste dans les autres pays. On a joué même aux Etats-Unis, à New-York et Austin.... Rien à voir cependant avec nos copains du groupe Malajube, qui ont fait une énorme tournée dans tous les USA !
Quelle est la condition des artistes au Québec ?
Elle est plutôt bonne, car on est l’un des pays de la planète où il se vend encore beaucoup de disques. Mais ça reste quand même précaire, surtout pour la musique d’expression francophone. La difficulté majeure ici : c'est une faible population sur un territoire immense : on se tape de gros trajets pour aller rencontrer à peine quelques centaines de personnes ! Ce qui n’est pas le cas en Europe... Mais là-bas, c’est la crise ! On y vend très peu de disques à la fin des concerts…
Pourquoi se vend-il au Québec, à proportion, beaucoup plus de disques qu’en France ?
Les nouveaux médias sont beaucoup moins développés ici que là-bas. Et nous sommes une petite communauté francophone qui soutient très fort ses artistes.
Quelle est l’influence dans la musique québécoise de cette double culture franco-américaine ?
Notre accent nous permet de "tourner les coins ronds", comme on dit chez nous, et de mieux faire passer des textes en français dans le rock. A l'inverse de ce qui se fait en France, ici on met la voix moins en avant et on pousse les guitares ! Ce qui ne nous empêche pas de rester des amoureux de la poésie ! Et pourrait peut-être nous faciliter la tâche à l’international... Comme nous sommes aussi bilingues, nous pouvons aisément communiquer avec le public entre deux chansons, durant les concerts.
Le nouvel album de Karkwa, Le volume du vent, est sorti en 2009 (Wagram).
SIR PATHETIK
Si Sir Pathétik, par ses ventes d’albums considérables, semble être le phénomène du hip-hop québécois, il n’appartient pas forcément pour ses pairs à la famille traditionnelle du genre… Interview au Club Soda de Montréal, juste avant son concert pour les 21e Francofolies, devant son public essentiellement composé d’ados en liesse.
Tes textes sont variés, ils parlent d’amour mais aussi de la rue et du sida. Ils ont tous un point commun : l’espoir et l’humour. Deux traits de caractère qui te correspondent ?
Oui, très bonne observation ! C’est la meilleure façon de me décrire : je suis en effet comme ça.
Peut-on dire que tu fais un hip-hop décomplexé ?
J'ai commencé le hip-hop dans une cave, pour m’amuser. C’est devenu ma passion, ma vie.
Souvent le rap fait référence aux problèmes quotidiens dans les quartiers populaires. Toi tu n’en parles pas...
On a déjà largement fait le tour de ces questions. Je traite surtout des thèmes qui me collent à la peau. Ces difficultés sont une réalité ; j'y ai été confronté par le passé, mais je ne les vis plus au quotidien. Si tu écoutes bien mes chansons, tu sens tout de même quelque chose derrière qui y fait référence.
Ton flow paraît moins agressif que celui de beaucoup de rappeurs. Comment te positionnes-tu dans le spectre du hip-hop québécois ?
Je suis comme je suis ; ici j’ai été le premier à mettre les "grandes culottes". Ces histoires d'étiquettes prennent trop de place dans ma vie d’artiste ; même les rappeurs de sous-sol s’amusent à cataloguer tout le monde ! Pourquoi ne pas dire simplement que je suis un Québécois qui fait de la musique, inspirée à ma manière ? Et la plus humble possible. Ce qui m’importe, c’est de parler au plus grand nombre.
Comment tu perçois la scène québécoise comparativement à celle de New-York, Paris ou Marseille ?
Pas encore prête et pas encore mature. Certains artistes de qualité traînent la patte ; l’industrie québécoise ne sait pas comment les gérer. D'autres, avec un ordinateur, se prennent pour des champions.
Le 5ème album de Sir Pathétik Avant k’tu m’oublies est disponible chez HLM (Québec).
MARTIN LEON
Martin Léon a publié deux albums studio, et Moon Gril, un album live enregistré en studio… avec du public ! Drôle de concept non ? Rencontre avec un amoureux des mots en langue française et de la grande musique.
Pourquoi enregistrer un album studio avec du public ?
J’ai toujours trouvé que les enregistrements en live sonnaient mal ! Ma tournée actuelle au Québec est à base des chansons de mon répertoire que je préfère, mais réorchestrées. Comme j’aime beaucoup leur nouvelle allure, j'ai eu envie de les réenregistrer. La maison de disque a voulu le faire avec la meilleure qualité possible, en studio, avec une trentaine de personnes toutes équipées d’écouteurs sur les oreilles. C’était très intense et ça me rapprochait du public.
Comme on a pu le voir au club Soda de Montréal, pendant les Francofolies, ton public est extrêmement fidèle et proche de toi, à un point impressionnant ! Est-ce le cas pour tous les artistes au Québec ?
C’est vrai, mais je ne sais pas comment l’expliquer. Je crois que la scène, c’est une histoire de présence, pas de paillette. Nous sommes en symbiose avec les gens, qui nous le rendent bien. Je suis moi-même surpris de voir à quel point le public est dans l’instant présent avec moi.
Ta voix n’occupe pas tout l’espace ; elle laisse souvent une longue place à la performance musicale…
C’est très important pour moi. Sur scène, j’ai besoin de laisser parler et d’entendre les excellents musiciens qui m'accompagnent et qui expriment leurs idées avec leurs instruments, en complément de mes textes. Seul, on est rien. C’est un plaisir pour moi et pour le public.
De quoi parlent tes chansons ?
Je viens d’un milieu très modeste, et je n’ai pas oublié que la vie vaut beaucoup plus la peine d’être aimée que haïe. Mes textes s’inspirent de cette idée.
Ici au Québec, les mots sont très bien défendus…
J’aime le plaisir que les Français prennent à jouer avec les mots. Ici, si l'on respecte la langue française, c'est peut-être aussi parce qu'elle est en danger...
Que représentent les Francofolies pour toi ?
L'opportunité de découvrir d’autres artistes francophones étrangers : ça nous fait du bien de voir et d’entendre ce qui se fait ailleurs. L’échange international est important pour nous comme pour eux. Les Francofolies nourrissent la prospérité de la matière première artistique. C’est quand même pas rien une chanson…
Album de Martin Léon : Moon Grill, paru chez La Tribu.
www.myspace.com/martinleonsvp [3]
Liens:
[1] http://www.myspace.com/karkwa
[2] http://www.sirpathetik.ca
[3] http://www.myspace.com/martinleonsvp