Créateur dès le début des années 90 d’une émission télé consacrée au rap, fondateur de magazines spécialisés, Olivier Cachin est un spécialiste du hip hop. Pour Respect, le journaliste livre son point de vue sur le rap dans le monde.
Par essence, le rap est une musique urbaine, née des blocs de béton, porteuse d’un cri de colère, de revendication sociale. « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? » disait le groupe français Assassin. Trente ans après sa création, malgré son émancipation, le rap garde cet esprit rebelle, non-aligné, qui trouve aujourd’hui des résonances pertinentes dans plein de pays. Intéressants soubresauts d’une musique donnée comme morte à sa naissance !
Le rap est partout, au moins comme « musique américaine ». Si les Etats-Unis restent la Mecque, des scènes locales apparaissent. La preuve que tout n’a pas encore été dit. Ou que tout reste à dire… Certaines scènes n’ont pas vocation à dépasser leurs frontières, d’autre si : comme le rap français, très spécifique, devenu une expression culturelle à part entière. Encore plus que la vague punk rock, le hip hop a su s’emparer des évolutions technologiques. Une boîte à rythmes, quelques samples : tout le monde peut se lancer, sans formation musicale ni connaissance du solfège. Bien sûr, pour durer, il faut en avoir sous le pied…
En Afrique, depuis quinze ans, ça bouge aussi, dans la lignée de Positive Black Soul (Sénégal). La scène rap y est plurielle : chaque pays a la sienne, mais tous les jeunes s’y retrouvent. Un rap conscient, engagé... Tout à l’honneur des artistes de ces pays, où il est plus difficile de critiquer les autorités qu’en Europe ou qu’aux Etats-Unis ! Un rap intéressant aussi par ses influences musicales : des groupes comme Yeleen, au Burkina Faso, mêlent rythmes hip hop, influences reggae et instruments locaux. L’opportunité pour la jeunesse de s’approprier des sonorités traditionnelles sans se retrouver enfermée dans un folklore.
Ailleurs ? Au Maghreb, des groupes émergent, souvent militants, parfois obligés de rester dans la clandestinité (du moins dans l’underground) face à des régimes où « nique la police » n’est pas forcément évident à clamer… En Inde, bien que récupéré par l’industrie cinématographique « pour faire moderne », le rap reste marginal. En Amérique du Sud, le reggaeton, mélange d’influences ragga et hip hop, offre une approche facile d’accès, qui colle au côté festif de la musique latine. Sans masquer pour autant l’apparition de groupes 100% rap, protestataires, intéressants aussi pour leur son métissé d’anciennes rythmiques...
Parti d’une niche, le rap s’est élargi. Des choses plus commerciales sont apparues, d’autres plus politiques ou plus matérialistes, mais sa spécificité ne s’est pas diluée. Quelque chose qui provoque des réticences, une image sulfureuse qui dérange… Parce que malgré tout, il continue à remuer des choses vraies. Le pire pour le rap serait une indifférence tiède.