Et si la reconnaissance des compétences ne suffisait pas pour lutter contre les discriminations à l’embauche? C’est le point de vue d’Alexandra Palt et Kader Makhlouf, auteurs d’un guide louant les mérites du potentiel, édité par l’association Equity Lab1 .
Le potentiel, c’est quoi selon vous?
K.M.: C’est la capacité d’un individu à se développer professionnellement dans le temps et dans des contextes différents. À transposer ses savoirs, ses acquis.
Recruter un potentiel, favorise-t-il la diversité?
A.P.: Les compétences sont largement évaluées au regard des diplômes. Si les entreprises continuent à se focaliser là-dessus, elles risquent de perpétuer des inégalités. On a assez parlé, maintenant il faut agir. Le potentiel, c’est un moyen de faire de l’action positive concrète et légale.
K.M.: Miser sur le potentiel, c’est élargir les canaux de recrutement. C’est aller voir ce qui se passe du côté de l’université, par exemple. De fait, la diversité sociale et ethnique y est mieux représentée que dans les grandes écoles.
Enjeu de société ou business?
A.P.: Un enjeu sociétal est un enjeu business. Se fermer aux évolutions de notre société, c’est aller contre son marché et son vivier de recrutement.
K.M.: Ce sont les entreprises qui se sont lancées les premières sur la question de la diversité. Elles l’ont fait, d’abord pour des raisons de business. Avoir du potentiel, c’est s’adapter, passer aisément d’une fonction à une autre. La concurrence internationale est vive. Les entreprises doivent innover. Multiplier les points de vue, les raisonnements, c’est le meilleur moyen de trouver les outils de demain.
Le recruteur prend un plus grand risque…
K.M.: Tout recrutement est un pari. On peut sortir d’HEC et être décevant sur le marché de l’emploi.
Et les PME? Elles n’ont ni temps ni argent à consacrer à ces considérations…
A.P.: C’est là que notre guide entre en jeu. L’idée, c’est de revoir tout le processus de recrutement depuis le tri des CV jusqu’au choix du candidat. L’entretien est un passage stratégique. Nous fournissons des miniscénarios clé en main, permettant durant l’entretien, de détecter le potentiel d’un candidat.
Dans un contexte de crise, les entreprises prendront-elles le train du potentiel?
A.P.: Il y a celles qui laissent tomber. Et celles qui comprennent qu’il s’agit de construire l’avenir, que la société attend autre chose et que l’économie doit se faire différemment pour être viable à long terme.
K.M.: La concurrence sera plus vive et les enjeux démographiques ne changeront pas. Le marché du travail continuera à évoluer. Et miser sur le potentiel, ça ne coûte pas plus cher. Au contraire, ça évite de gaspiller de l’argent.
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