Périphérie de la ville de Montes Claros, dans le Minas Gerais. Là où commence la favela. Peu d’avenir pour les jeunes, souvent résignés. Quelques-uns essaient de garder espoir et vivre mieux.
Ici, la terre est sèche, rouge brique. Cette ancienne région minière est connue pour son aridité et la pauvreté de son peuple. Dans le quartier São Geraldo, terminus du bus n°11, les maisons sont presque toutes à l’image des bidonvilles : faites de tôle et de misère, habitées par des enfants de tous âges, barbouillés et chaussés de tongs de fortune. Devant les portes, des mères, de 16 à 50 ans, surveillent vaguement leur progéniture en fumant des cigarettes. L’absence de travail les laisse désœuvrées.
Sergio a 23 ans. Son grand frère Elton, 25. Leurs cadets, Vinicius et Aurelio, sont des jumeaux de 21 ans. Ils vivent tous les quatre avec leurs parents et partagent la cour et le puits de la maison avec leurs oncles et cousins. Grâce à une éducation basée sur le dialogue, cette fratrie tâche de s’en sortir, même si le chemin est ardu. Sergio donne des cours de capoeira à l’académie Berimbau de Ouro (1). Il pratique ce sport traditionnel depuis douze ans, a décroché il y a cinq ans le grade d’instructeur. Son salaire, variable selon le nombre d’élèves (des enfants du quartier), avoisine les trente euros par mois, le tiers du salaire minimum. Il accumule les petits boulots d’appoint qui lui permettent d’aider financièrement sa famille et d’offrir à l’occasion de jolies casquettes à sa petite amie. Il n’a jamais eu de fiche de paie, ne cotise à aucune assurance, mais ne s’en inquiète pas, malgré le risque d’accident lié à son activité. Son rêve : aller un jour en Europe, y vivre enfin de sa passion… puis revenir dans le Minas Gerais avec suffisamment d’argent pour couler des jours heureux auprès de sa famille.
Son frère Elton est l’un des seuls du quartier à avoir entrepris des études supérieures : de tradition catholique, il suit une formation de théologie financée par l’Église évangélique (protestante) en quête de nouvelles recrues. Depuis sa conversion, il s’interdit tout rapport sexuel avant le mariage, malgré de nombreuses prétendantes, et regrette d’avoir déjà « péché ». Studieux, captivé par ses livres, il étudie du matin au soir et proclame que l’amour de Jésus est le centre de sa vie : « Jésus m’a libéré, si je perdais foi en Lui, je préférerais mourir ! »
Les jumeaux, eux, cherchent désespérément du travail. Comme beaucoup de jeunes, ils se plaignent des promesses inabouties du président Lula, en qui le peuple a placé beaucoup d’espoir. Bénévoles, ils participent au projet Docteur du bonheur (Doutor da felicidade) : déguisés en clowns-médecins, ils tentent de divertir les enfants hospitalisés. Mais cette activité n’est guère valorisée : « Un jour, on devra malheureusement quitter le projet pour survivre, pour gagner un peu d’argent. » Également convertis à la foi évangélique, ils attendent de rencontrer leur future épouse pour approfondir les choses de l’amour. Vierges et fiers de l’être, ils parlent de leurs « pulsions physiques » sans tabou et avec humour… et ne se privent pas de charmer les jolies donzelles qui passent devant leur porte.
Leur famille et la foi maintiennent les quatre frères sur le droit chemin, hors des drogues (une tentation à laquelle succombent bon nombre de leurs amis). Confrontés quotidiennement à de multiples difficultés, sans argent ni perspectives, les jeunes du Minas Gerais peuvent facilement se procurer du crack, le fumer, voire le vendre. Et quand ce n’est pas du crack, c’est de la colle à bois ou du décapant. Ceux qui ne se droguent pas ont comme alternative la quête d’un emploi, presque toujours vaine, ou le recel de bicyclettes et de téléphones volés. Dans le quartier, les règlements de comptes sont souvent mortels. Même si on est loin des guerres de gangs décrites dans La cité de Dieu (2), les jeunes semblent avoir fait une croix sur leur avenir : la plupart se réfugient dans une vie au jour le jour et se rient du lendemain comme s’il n’avait aucune valeur.
Le tiers de la population brésilienne a moins de 18 ans
Le nombre des jeunes Brésiliens de moins de 24 ans devrait augmenter de 12,5% d’ici 2020
10% des 5-17 ans ne vont pas du tout à l’école (pour aider à la maison, travailler ou chercher un emploi)
Près d’un quart des femmes de 15 à 49 ans, en couple, n’utilisent aucun moyen de contraception
660 000 personnes de moins de 49 ans vivent avec le sida
La durée de vie moyenne est de 69 ans (dix ans de moins qu’en France)
Source : www.ibge.gov.br
(1) Fondée par Mestre Marreta, aujourd’hui en Hollande
(2) Un film de Fernando Mereilles, d’après le livre de Paolo Lins, basé sur des faits réels