Colombiens, une vingtaine d’années, et un son qui dépote : entre électro, cumbia et hip hop, Bomba Estero affirme une identité bien trempée, attachée à ses racines comme à sa modernité. Une personnalité à l’image de Li Saumet, la voix charismatique de Bomba Estereo. Rencontre.
Bomba Estereo et toi ?
Je n’ai jamais rêvé de devenir chanteuse ! Tout a commencé un jour où Simon, le bassiste du groupe, un ami de longue date, m’a invitée à poser une voix sur un instrumental qu’il était en train d’enregistrer. Là, il s’est passé une sorte d’alchimie… En l’espace de 45 minutes, avec une facilité déconcertante, on a donné naissance à un super morceau ! Ce titre a fait parler de lui, a voyagé jusqu’à New York. Rien de tout ça n’était prémédité, c’est juste une question de feeling. D’ailleurs, je ne fais rien par calcul, c’est peut-être pour ça que ça marche ! Je suis du genre à me fier à mon ressenti, et à me dire qu’il ne faut pas avoir peur d’essayer des choses. Sinon, tu restes enfermé chez toi !
Impression de faire partie d’une « nouvelle scène » colombienne ?
Depuis huit ans, grandit en Colombie un mouvement, d’abord né dans les clubs techno, mixant cumbia (la musique traditionnelle colombienne) et électro. Des gens ont enregistré de morceaux, les ont passés à des DJ qui les ont diffusés dans des fêtes, c’est devenu une mode. Aujourd’hui, trois ou quatre groupes incarnent ce nouveau son, dont Bomba Estereo. Certains sont plutôt axés sur les rythmes du Pacifique, d’autres sur ceux de la côte atlantique. Nous contribuons tous, petit à petit, à changer le paysage musical de la Colombie.
Un moyen aussi de faire vivre votre culture ?
En mixant cumbia, électro, hip hop et ragga, on éveille l’intérêt des jeunes pour la musique traditionnelle. C’est comme quand tu veux faire manger des légumes aux enfants : tu dois les rendre alléchants pour qu’ils y goûtent ! Par ce biais, on contribue à préserver l’identité et le patrimoine auxquels nous sommes attachés. Notre public, au départ très électro, s’est élargi. Maintenant, t’y trouves aussi des gamins et des mères de famille !
Vous arrivez à vivre de votre musique ?
Désormais, oui, même si le succès de Bomba Estereo n’est pas encore explosif ! On est indépendant, on fait beaucoup de choses par nous-mêmes pour ne pas perdre notre patte. Sur scène, Simon et moi sommes accompagnés d’un clavier, d’un percussionniste et d’un programmateur. Il est parfois difficile de trouver des salles qui acceptent de te payer...
Quel relais dans les médias ?
Passer à la radio coûte cher ; notre musique n’est donc pas programmée sur les ondes, à l’exception d’une station publique super bien. Mais on a mieux : Internet ! Contrairement à la radio, très segmentée, la toile t’ouvre des tas d’horizons. Avant d’être disponibles en CD, nos titres sont d’abord sortis sur itunes.
Bomba Estereo, ambassadeurs hors les murs ?
Grâce au label californien Nacional Records, notre CD vient de sortir aux Etats-Unis et au Canada. Je me souviendrai toujours de ce jour, à New York : je rentre par hasard dans un resto latino et qu’est-ce que j’entends ? Ma chanson. Ça m’a foutu des frissons. Rien que d’en parler, j’en ai la chair de poule. Nous avons également tourné au Royaume-Uni en 2008, et jouons en Europe cet été.
La Colombie est injustement méconnue...
Je suis épuisée des clichés qui lui colle à la peau. Tout ce que les gens savent de ce pays, c’est qu’il y a la meilleure cocaïne du monde ! 90% des touristes viennent là pour la drogue et les filles, alors que c’est une terre magnifique, d’une richesse naturelle et culturelle incroyable. La Colombie a tout pour elle : elle est belle, pas chère, accueillante.
La suite ?
L’aventure ne fait que commencer ! J’y vais pas à pas. Au gré des occasions et des rencontres, j’essaie, j’écoute, j’avance. J’apprends, j’apprends, j’apprends.