Pour Respect, un imam, un rabbin et un prêtre reviennent sur la pratique du jeûne, commune à toutes les religions. Alors, chez le voisin, ça signifie quoi, ça se passe comment ?
Père José, curé du pôle Brie-Sénart (77)
“Dans la religion catholique, le jêune correspond au Carême: durant quarante jours, à partir du mercredi des Cendres, l’Eglise demande à ses fidèles de se purifier. On retrouve son fondement dans les textes : dans l’Evangile, le Christ a lui-même été pendant quarante jours au désert ; dans l’Ancien Testament, Moïse a vécu quarante jours de jeûne dans le désert avant la remise des Tables de la Loi. Ceux qui le peuvent, sauf les malades et les enfants, jeûnent le mercredi des Cendres, les vendredi de Carême, le vendredi Saint, ainsi que les samedi et dimanche de Pâques, en se contentant d’un repas frugal. C’est assez souple : le jeûne n’est pas une épreuve. D’ailleurs, tout seul, il n’a pas de sens ; il ne vaut que s’il est associé aux deux autres piliers du Carême : la prière et la charité. C’est une période qui nous prépare à la Semaine Sainte, un instant de privation et de partage, un moyen de grandir dans la spiritualité.”
Koussay Said Ali, imam, aumônier de l’hôpital Avicenne (93) et fondateur du Groupe d’amitié islamo-chrétienne
“Dans la religion musulmane, la période de jeûne a lieu pendant le mois de Ramadan (le neuvième mois lunaire): on s’abstient de manger, de boire et de fumer, du lever au coucher du soleil. Le Coran précise d’ailleurs que le jeûne est une pratique ancienne : toutes les communautés religieuses le pratiquaient, à leur façon, avant l’avènement de l’islam. La raison du jeûne n’est pas explicitement écrite, mais l’injonction laisse supposer un bienfait pour le corps. Spirituellement, ce n’est pas une mise à l’épreuve mais une façon de cultiver sa volonté. C’est aussi un temps pour se mettre à la place des personnes démunies, une incitation à la générosité et au partage. Le jeûne nous met aussi en relation permanente avec le Seigneur : Il nous a dit de jêuner, mais nous a laissé la liberté de suivre cette prescription. Il n’y a pas de gendarme pour nous surveiller, mais la conscience du Seigneur, qui nous voit et nous entend à chaque instant, nous pousse à nous abstenir… Le Ramadan avance de dix jours tous les ans; cette année, il a lieu en été. Nous, habitants de l’hémisphère nord, pouvons sentir comment nos frères et soeurs du sud vivent le Ramadan à la saison chaude. Là encore, il s’agit de se mettre à la place des gens.”
Michel Serfaty, rabbin et fondateur de l’Amitié judéo-musulmane de France (AJMF)
“La religion juive connaît un jeûne d’origine biblique et quatre jeûnes institués par les rabbins. Le plus important est celui du Jour du Grand Pardon, ou Yom Kippour ; vient ensuite celui du 9 du mois hébraïque Ad, instauré après la destruction du temple de Jérusalem. Les trois autres jeûnes sont de moindre importance. Le jeûne du Yom Kippour relève de l’expiation. Pendant vingt-cinq heures, on s’abstient de toute consommation, de tout soin hygiénique et on pratique la séparation des lits. Plus qu’une abstinence alimentaire, c’est une mise à distance de tout ce que nous connaissons au long de l’année. Une rupture avec le monde économique, intellectuel et professionnel, pour se consacrer à la relation avec Dieu. Il intervient dix jours après le nouvel an, et cinq jours avant la fête des Cabales, ce qui correspondait autrefois au Moyen-Orient à la période d’engrangemement des récoltes. Le jeûne questionne l’origine de cette richesse, et la façon d’en jouir sans oublier autrui. Vieille de 3200-3300 ans, cette pratique a un lien avec les jeûnes musulmans et chrétiens : les trois religions monothéistes ont su intégrer l’idée d’un bilan spirituel annuel. Le deuxième jeûne ne comporte pas les mêmes interdits : on pratique l’abstinence, mais on peut travailler, voyager… Si l’idée d’expiation n’est pas exclue, il s’agit d’abord d’enraciner la présence du temple de Jérusalem dans la mémoire juive. Qu'un peuple ait tout fait, depuis 2600 ans, pour rester lié à un fait historique est tout à fait exceptionnel dans l’histoire universelle.”