Envie d'identités en mouvement, déclinées en musique qui dépote ? Les Boogie Balagan investissent le French-Kawa (Paris) le 27 février. High way to (falaf) hell !
Vous présentez votre musique comme «un couscous rock à la sauce orientale». Pourquoi vous être mis en cuisine?
On est Israéliens, installés à Paris. Dès qu’on sort, on doit expliquer, se justifier. Boogie Balagan est né d’un besoin urgent, viscéral, de porter une autre énergie : arrêtons de geindre, passons à l’action, revendiquons la diversité de la société et le décloisonnement, physique, artistique, linguistique! Notre Palestisraël, c’est le village d’Astérix et d’Obélix transposé au bled. Un îlot de résistance aux visions exclusives que certains, à l’extérieur comme à l’intérieur des frontières, ont de ce pays.
Une réflexion politique menée en sept langues, sur le ton de l’humour et du rock’n’roll…
Nous sommes musiciens, auteurs, compositeurs, interprètes, mais notre fierté, sur ce projet, ce sont les textes. A une époque dominée par le son, c’est important de donner du fond, de valoriser le mélange des genres et des langues, tout en restant ludique et accrocheur. On a créé un dialecte qui mêle anglais, français, arabe, grec, hébreu... Contrairement à certains Israéliens, on assume notre côté résolument méditerranéen. Fut un temps, presque inenvisageable aujourd’hui, où l’amitié israélo-palestienne était une réalité. Dans les années 80, on a tous grandi devant la BBC et les films égyptiens! Boogie Balagan revendique ces influences et cette culture commune.
Quel accueil?
Sur le terrain, le feedback a été immédiat. Les seules critiques ont émané d’une frange de la communauté juive de droite, qui nous juge sans légitimité. Aucun problème en revanche avec les musulmans et autres communautés! Jouer à la Goutte d’Or dans le cadre du New Bled Festival, à Calais devant une assemblée de filles voilées ou à l’Institut du monde arabe en faveur de Gaza, pour nous, ce sont des victoires. On arrive toujours un peu flippés, on craint de se faire étriper... Au final, c’est la fête au village!
Quels relais dans les médias?
On a du mal à entrer dans les formats. Notre audience est disparate: on le revendique et on l’on assume, mais c’est difficile à faire comprendre! Quand on a rejoint Mon Slip, le label des Têtes Raides, on a participé à des émissions très grand public, mais ça ne nous correspondait pas. On nous a étiquetés électro-pop-rock, à des milliards de lieux du projet populaire qu’on a envie de porter. Notre but n’est pas de nous installer dans la hype, mais de continuer à nous frotter aux gens, de faire briller leur regard. Ça passe aussi par des concerts dans les campings! Pour le nouvel album, on garde l’envie de rester de vilains petits canards, en évitant le communautarisme et la promo qui te tire systématiquement vers le conflit.
Pas un peu facile de prôner Palestisraël depuis la France? Quid en Israël?
Le buzz se développe. Là-bas, les gens ont d’abord accroché sur notre côté humoristique et musical. Désormais, on s’axe davantage sur la prise de conscience, en jouant sur les campus universitaires, en participant à certaines émissions télé, où nos textes sont sous-titrés en hébreu. On pensait se faire tuer, mais non! On a même donné un concert devant 150 militaires, à quelques kilomètres de la ligne de front. A part un ou deux «sceptiques», ils ont bien réagi. Encore une petite victoire… On joue aussi dans des villes israéliennes très arabes. La mixité y existe toujours, même si les regards ont changé. Le chômage accroît les tensions, surtout avec la hausse de l’immigration chinoise et russe.
Pas peur d’être instrumentalisés?
On évite de participer à des pseudo-concerts pour la paix qui sentent le préfabriqué, et dont personne n’est dupe. Certains regrettent qu’il n’y ait pas de Palestiniens dans le groupe. D’autres, au contraire, trouvent bien que le message soit porté par deux Israéliens… On agit à notre niveau, en espérant qu’un jour, un Palestinien qui joue du Hendrix puisse à son tour taper un grand coup dans le mur!
Quel écho au Moyen-Orient?
Des ados jordaniens écoutent notre musique – et communiquent entre eux en mixant les langues, à la Boogie Balagan! On a aussi un public en Syrie et au Liban. Là-bas, notre premier contact a été un jeune proche du Hezbollah. Après une phase d’insultes et de parano réciproque, dès que la confiance est établie (surtout de leur côté, car on a quand même le beau rôle), tu sens une aspiration, une envie que ça se passe différemment. Gros buzz également en Turquie… Reste Gaza, difficile à toucher. Sur le terrain, l'explosion d'un cinéma israélien et palestinien engagé a pour l’instant été un facteur de rapprochement et de solidarité plus efficace que la musique. Espérons que le nouveau gouvernement ne réduise pas les subventions…
Le mot de la fin?
Les histoires de mur finissent mal, en général.
EN APARTE
Balagan veut dire bordel en hébreu. «Dans les années 70, Bob Dylan mêlait fond et forme, création artistique et implication politique. Aujourd'hui, beaucoup d'artistes s'intéressent plus à l'image qu'au message... Nous, on souhaite faire vivre une énergie de partage, mélant rage, amour, fête et espoir !»
Boogie Balagan, c’est Azri (guitares) et Gabri (chant), «des pseudos tirés d’un film culte israélien, du style Les valseuses.»
Leur premier album s’appelle Lamentation walloo, jeu de mot entre «lamentation wall» (mur des lamentations) et «walloo» (rien en arabe).
Ils ont le Dalida blooz. «Dalida fait partie des gens qui ont lancé des ponts entre Orient et Occident. C’est une icône rock; pas dans la musique, mais dans l’attitude! Pour nous, une des clés de la réussite future, c’est la femme.»
Leur nouvel opus célèbre le Falal hell power. Un album plus travaillé que le précédent, «afin d’être mieux diffusé en radio, sans perdre notre ligne humoristico-rock-world». Entre autres titres: L’hymne à l’amour de Gainsbourg, interprété à la sauce égyptienne avec Loïc Lantoine et Christian Olivier (Têtes Raides), et une reprise d’Erkin Korai, «un artiste turc des années 70, antimilitariste aux cheveux longs, qui fut un des premiers à mixer instruments modernes et sons traditionnels».
LAMENTATION WALLOO, LES PAROLES
When i was a boy / Quand j’étais un gosse
I was dreaming of a land / Je revais d’un pays (terre)
A Promised land for everyone / Une terre promise pour tout le monde
When i was a kid / Quand j’étais gamin
I was diggin n’ diggin / Je creusais creusais
Across the border line / Le long de la frontière
I was sawing the seeds of time / Je semais les semences du temps
Sun flowers, avatiah...feeling fine / Tournesol, pastèques je me sentais bien
My homeboy Ali was my buddy / Mon pote Ali était de ma bande
But he was playing by the other side... / Mais il jouait de l’autre côté
So we were climing up those mountains / Nous escaladions ces montagnes
Flyin’ high as eagles do... / Nous volions aussi haut que les aigles
N’ meanwhile / Alors que pendant ce temps
heads were banging / Des têtes se fracassaient
On the lamentation walloo / Sur le mur des lamentations de rien du tout
When i was a toy / Quand j’étais un jouet
I was praying with the gun / Je priais avec un flingue
I didn’t know how to read / Je ne savais pas lire
between the lines / entre les lignes
When i was a toy / Quand j’étais un jouet
I was bleeding n’bleedin / Je saignais saignais
It was a sign of spine / C’était la colonne vertébrale
I was layin’ on my home grown sorrow / J’étais étendu sur la tristesse de mes terres
A kind of bleeding graps of wine / Des grappes de raisins s’écoulaient de mon corps
My homeboy Ali was my best ennemy / Mon pote Ali était mon meilleur ennemi
But he was burried by the other side... / Mais il était enterré de l’autre côté