MEDIAS EN LIGNE : WEBDIVERSITE OU NON ?
La parole à Pascal Riché, cofondateur et rédacteur en chef de Rue 89.
"Le changement était en cours dans la presse traditionnelle, mais le web l’accélère. La principale différence est que nous sommes un média participatif. Les lecteurs interviennent sous forme de commentaires. C’est extrêmement important dans notre démarche. Ces commentaires sont valorisés. Les journalistes répondent et participent à cet échange.
Les populations des quartiers ont compris les possibilités d’Internet. Par exemple, un habitant de Montfermeil a pris une vidéo d’une interpellation violente de la police, il l’a proposée aux chaînes télé, en vain. Quand, il nous l’a soumise, nous l’avons diffusée. Cela a permis l’ouverture d’une enquête de la police des polices, et le procureur s’est saisi de l’affaire.
Les nouvelles possibilités de diffusion qu’offre le we a aussi permis d'augmenter le nombre des médias de quartiers. Cela oblige les médias classiques à s’interroger sur leurs rapports aux groupes minoritaires. En plus, comme le Bondy Blog, ces médias peuvent être des outils de formation. La diversification des profils est nécessaire, même si le modèle économique de la presse en ligne n'est pas encore pérenne. Par exemple, à Rue 89, nous n’avons pas encore trouvé l’équilibre pour embaucher."
PRESSE GRATUITE : MIEUX ARMEE ?
La parole à Frédéric Vézard, rédacteur en chef du quotidien gratuit Metro.
Un lectorat jeune, urbain, pas lecteur de journaux classiques
"Metro a une réelle diversité, tant dans son contenu que dans son public, très différent de celui de la presse traditionnelle. Notre lecteur est jeune, urbain, peu familier des journaux classiques. Dans Metro, nous parlons aussi bien de cultures urbaines que d’actualités internationales. Metro existe dans 21 pays et compte 69 éditions ; notre ouverture au monde est supérieure aux autres quotidiens nationaux. Mon objectif n’est pas de « faire de la diversité » mais de concevoir un journal dans lequel le lecteur se retrouve. La question qui m’anime est « je fais un journal au service de qui ? ». Elle induit forcément des choix très diversifiés."
Une équipe jeune, mais pas très colorée
"L’équipe de Métro est très jeune (moins de 30 ans en moyenne) ; elle a culturellement grandi dans une France plus métissée. Pour cette génération, la diversité est plus naturelle ; ses codes culturels sont moins crispés, moins stéréotypés. Pour autant, nous manquons de diversité dans nos équipes : nous avons deux Antillais, une Libanaise et une Américaine. C’est pire au niveau des dirigeants : il n’y a aucune diversité ! En recrutant, je ne porte pas attention sur l’origine ethnique ou sociale du candidat, je ne m’intéresse qu’aux critères d’expérience et de formation. Or les écoles de journalisme manquent de diversité. Et leurs quelques étudiants issus des minorités s’orientent vers la télévision et la radio, pas vers la presse écrite. Peut-être parce leur culture est plus télévisuelle. Ou, pour certains d’entre eux, par manque d’assurance vis-à-vis de la langue. Ou, parce que quand on vient d’un milieu défavorisé, le désir d’ascension sociale pousse plus vers ces médias-là… Les stages et contrats de professionnalisation sont une piste. Je ne suis pas pour des actions de type "quotas", mais pour une véritable politique d’égalité des chances. Les classes préparatoires gratuites qui permettent aux jeunes défavorisés d’être aussi armés que les autres sont un bon exemple."























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