Installés depuis longtemps, nés ici, ou nouvellement arrivés, nombreux sont ceux qui refusent d’abandonner des spécificités qu’ils considèrent parties prenantes de leur personnalité. D’autres voient dans leur héritage culturel une part moins déterminante, voire totalement absente, et revendiquent un droit à l’indifférence. Ils souhaitent être des Français « comme les autres ». Le rôle d’une société n’est pas de distribuer des bons et des mauvais points d’assimilation aux individus mais, au contraire, de valoriser un socle commun qui puisse se nourrir de ces multiples approches. Loin de nous mettre en danger, celles-ci nous dynamisent, plus encore à l’heure de la mondialisation.
Construire une politique multiculturelle passe par une négociation avec les citoyens. Élaborer une vision commune valorisera les différentes identités culturelles et leur vécu au sein de la communauté française. Une vision politique doit savoir se confronter à ces questions essentielles : comment permettre aux individus d’avoir plusieurs identités sans entrer dans un conflit de loyauté ? Quel est le tronc de valeurs communes indispensables pour la cohésion de la France ? Où sont nos limites ?
Pour une large consultation
Différentes méthodes ont été utilisées par des pays précurseurs sur ce sujet. Tous sont passés par un questionnement dans lequel les populations directement concernées (mais d’autres aussi) étaient fortement impliquées. Le Canada a mené une large consultation citoyenne avant d’opter pour sa politique de multiculturalisme. Avec la Commission for Racial Equality (1), les Anglais se sont interrogés sur les valeurs communes, sur la nécessité de garantir une égalité réelle mais aussi d’accepter et de valoriser les différences. La Belgique a mené un travail considérable d’auditions et d’enquête dans le cadre d’une commission du dialogue interculturel. Certains diront que des pays reviennent sur leur multiculturalisme. Il est plus exact de dire qu’ils complètent leurs acquis avec d’autres approches (notamment sociales aux États-Unis). La France a toujours défendu l’intégration par l’individu. Les groupes communautaires ont chez nous mauvaise presse, particulièrement lorsqu’ils rassemblent des populations issues des ex-colonies. On entend rarement dénoncer les communautarismes blancs, pourtant bien réels, par volonté délibérée ou par automatisme inconscient. Les anciens élèves de l’Ena ou de HEC ont bien appris que s’associer à un groupe signifiait pour eux non pas l’égalité, mais l’augmentation des chances...
Une citoyenneté renouvelée
Soutenir les rassemblements de minorités, sans les suspecter immédiatement de « communautarisme », c’est leur permettre d’acquérir un pouvoir politique et démocratique, d’en faire la légitime expérience. Tout en pouvant pointer du doigt, lorsqu’elles existent, les réelles dérives communautaristes. À la société de ne pas enfermer les personnes issues de ces minorités dans les questions communautaires, de valoriser les expériences de terrain (associatives par exemple), de libérer l’accès à toutes formes de représentations politiques. En ce qui concerne les nouveaux migrants, le droit de vote aux élections locales marquerait un encouragement à la participation, un geste fort pour la reconnaissance de leur apport.
Une promotion active de la diversité
Nos politiques éducatives, les messages adressés au peuple français doivent, eux aussi, transmettre que toute identité est perpétuellement en transformation. Loin d’être figée, l’identité nationale que nous devons insuffler est celle du mouvement. De la connaissance de nos différentes religions à la reconnaissance des cultures issues des quartiers, de l’enseignement du créole à celui de la langue des signes, notre message est celui d’un projet commun qui valorise et fasse la promotion concrète de notre diversité, en France et à l’extérieur de nos frontières. Assumons notre société multiculturelle pour permettre à chaque individu de se sentir acteur de son destin comme du destin de la France.
(1) Commission pour une égalité raciale.























