Quelques mots pour te présenter ?
Je suis né en France, de parents libanais. Mes compatriotes me disent souvent : « Qui es-tu pour parler du Liban ? Tu n’y vis pas, tu ne le connais pas »... Mais en discutant avec eux, je me rends compte qu’eux-mêmes connaissent très mal l’histoire de leur pays ! Je regarde différentes chaînes de télévision, je multiplie les sources, je confronte les informations et les idées. Je pense que la distance permet de comprendre des choses, de les aborder avec du recul... Et puis j’aime ce pays, profondément. J’en suis tombé amoureux tout petit : en arrivant à l’aéroport de Beyrouth, la première fois, j’ai été happé par 6000 ans d’histoire ! Du coup, j’ai envie de m’impliquer pour le Liban, à mon niveau, en créant des groupes de discussion, en participant à des manifestations, en créant un projet de film sur Internet pour lutter contre les visions étriquées de notre passé...
Ta réaction sur les récents blocages politiques et la « crise » autour du réseau de télécommunications du Hezbollah ?(1)

Le repli communautaire frappe toutes les composantes de la société. Le Hezbollah a bon dos : tout est toujours de sa faute, et tout est bon pour le désarmer. Alors que d’autres milices, au Liban, sont en train de se militariser. Celle du Hezbollah est actuellement la plus puissante, mais la dynamique est la même dans toutes les communautés. Depuis la guerre civile, tout le monde a des armes. Le problème du Liban, ce n’est pas le Hezbollah, mais le communautarisme. Il n’y a pas d’Etat souverain, pas de citoyens égaux devant la loi, mais une oligarchie qui confisque le pouvoir aux classes les plus défavorisées dans une corruption généralisée... Du coup, les gens se replient naturellement sur leurs communautés : celles-ci se mettent à se substituer à l’Etat, construisent leurs hôpitaux, leurs écoles. Quand l’Etat n’offre pas de système de soins, t’es bien content que le Hezbollah (ou un autre) l’ait fait à sa place !
La puissance du Hezbollah ?
C’est aujourd’hui le groupe dominant mais, avant lui, il y en a eu d’autres. Je crois que toute communauté opprimée devient un jour l’oppresseur. C’est une espèce de fatalité, l’histoire se répète. Quand une communauté prend des coups, elle se réveille. A une époque, le conflit était entre Maronites et Druzes. Aujourd’hui, il semble être entre Sunnites et Chi’ites. Pourtant, il y a encore 30 ans, jamais il ne serait venu à l’idée d’un sunnite de parler d’un musulman en tant que chi’ite, et vice versa ! La religion sert souvent de détonateur pour cristalliser des frustrations tout autres... La communauté sunnite se replie sur elle-même depuis qu’elle a perdu un de ses « leaders » avec l’assassinat de Rafiq Hariri. Comme si on se passait le flambeau de la victimisation... Aujourd’hui, en se félicitant de l’élection de Michel Sleimane, on gèle la situation telle qu’elle est, on continue à masquer le véritable problème du Liban.
Le communautarisme ?
C’est un vérit
able terrorisme de l’appartenance. On ne peut pas se définir autrement que par la communauté dans laquelle on est né. Chrétien maronite ou orthodoxe, sunnite, chi’ite, druze ... Généralement, le nom de famille révèle l’appartenance, le prénom finit par lever le doute ! Certains poussent le vice encore plus loin en demandant le nom du quartier ! C’est souvent les deux premières questions que te pose un Libanais : « Shu esm el 3ayli ? » (quel est ton nom de famille) et « Men wein ? » (d’où viens-tu). Réponds « Beyrouth » et on te demandera le nom de la rue ! Moi, j’ai de la chance, mon nom et mon prénom sont totalement mixtes. J’ai donc pu me faufiler dans différents milieux, parler avec des gens, et prendre la mesure du cloisonnement communautaire... On dit que les Libanais vivent ensemble, mais c’est faux : ils ne se mélangent pas. En France, les jeunes Libanais continuent à se retrouver autour de groupes communautaires : Jeunes étudiants sunnites, jeunesses libanaises chrétiennes... Ils font des soirées toutes les semaines, entretiennent le morcellement. Ce n’est pas nouveau, mais ça se renforce. C’est un virus contagieux : même les Français, quand ils parlent de leurs amis libanais, se réfèrent à leur groupe religieux.
able terrorisme de l’appartenance. On ne peut pas se définir autrement que par la communauté dans laquelle on est né. Chrétien maronite ou orthodoxe, sunnite, chi’ite, druze ... Généralement, le nom de famille révèle l’appartenance, le prénom finit par lever le doute ! Certains poussent le vice encore plus loin en demandant le nom du quartier ! C’est souvent les deux premières questions que te pose un Libanais : « Shu esm el 3ayli ? » (quel est ton nom de famille) et « Men wein ? » (d’où viens-tu). Réponds « Beyrouth » et on te demandera le nom de la rue ! Moi, j’ai de la chance, mon nom et mon prénom sont totalement mixtes. J’ai donc pu me faufiler dans différents milieux, parler avec des gens, et prendre la mesure du cloisonnement communautaire... On dit que les Libanais vivent ensemble, mais c’est faux : ils ne se mélangent pas. En France, les jeunes Libanais continuent à se retrouver autour de groupes communautaires : Jeunes étudiants sunnites, jeunesses libanaises chrétiennes... Ils font des soirées toutes les semaines, entretiennent le morcellement. Ce n’est pas nouveau, mais ça se renforce. C’est un virus contagieux : même les Français, quand ils parlent de leurs amis libanais, se réfèrent à leur groupe religieux.Pour expliquer les problèmes du Liban, on évoque souvent l’ingérence extérieure ...
Tout mettre sur le dos des autres nous épargne de reconnaître nos propres fautes, et d’avancer. Depuis 1975, on n’entend que ça. C’était d’abord les Palestiniens, puis les Syriens, puis Israël, puis les Etats-Unis... Je ne nie pas le rôle de tous ces pays. Mais, ce qui ne nous aide pas, c’est d’avoir la mémoire courte, de ne jamais s’attaquer au coeur du problème. Et les autres exploitent nos faiblesses. Les Etats-Unis par exemple : pour eux, le Liban est la plus belle des portes vers le Moyen-Orient, une région qu’ils ne contrôlent pas encore. C’est la porte la plus facile aussi, car le peuple libanais est américanisé... Les USA profitent du communautarisme ambiant pour promouvoir un gouvernement qui leur est favorable, et n’hésitent pas à soutenir un camp contre l’autre.
Les Libanais dans tout ça ?
Ils semblent parfois comme anesthésiés. Comme s’ils savaient qu’ils étaient manipulés, mais qu’ils s’y complaisaient. Je crois qu’il ne faut pas juger, seulement essayer de comprendre. Il y a une grande lassitude. Peut-être un manque d’humilité aussi...
Les jeunes ?
Ceux de mon âge connaissent souvent mieux le Canada ou l’Europe que leur propre pays ! Ils vont dans les boîtes branchées de Beyrouth, font la fête, sont attirés par la futilité, l’insouciance. Dommage, quand on a un pays à l’histoire si riche... Mais c’est mieux que de prendre les armes, me diras-tu ! Comme la vie quotidienne est de plus en plus difficile (système de santé inégalitaire, système éducatif élitiste, hausse des prix...), 80% des jeunes veulent partir à l’étranger.

Comment avancer ?
Manque un Etat libanais souverain, qui mettrait tous ses citoyens à égalité devant la loi. On se trouve aujourd’hui devant un paradoxe : d’un côté, il n’y a jamais eu autant de communautarisme ; de l’autre, le désir de laïcité n’a jamais été aussi fort. Beaucoup de jeunes de la diaspora plaident en ce sens, des associations se montent, des groupes et des sites militent sur Internet...
Optimiste ?
Tout reste très fragile. Il n’est pas rare qu’une asso se monte et implose très vite, à cause d’une phrase ou d’une discorde qui font ressurgir les vieux démons communautaires. Le communautarisme est enfoui, comme gravé dans nos chairs... Difficile de s’en défaire. Même une partie de foot ou de cartes peut dégénérer à cause de ça ! Je suis globalement pessimiste, mais j’ai toujours de belles surprises. Parfois, une seule conversation avec quelqu’un permet de se remettre en question, de voir les choses autrement, bref, d’avancer.
A voir : Mon liban, le film de Jad sur l’histoire libanaise
Quelques blogs à visiter :
Chroniques beyrouthines Humeurs et analyses de l’actu, par deux journalistes français
Libnanews Analyses politiques et anecdotes du quotidien, par un jeune habitant de Beyrouth
Akelhawa Blog ironique qui tourne gentiment en dérision l’amour des jeunes Libanais pour le « show biz » !
Libnanews Analyses politiques et anecdotes du quotidien, par un jeune habitant de Beyrouth
Akelhawa Blog ironique qui tourne gentiment en dérision l’amour des jeunes Libanais pour le « show biz » !
(1) Mouvement politique musulman chi’ite, créé en réaction à l’invasion israélienne au Liban en 1982, sur financement iranien. En soutien à sa branche armée, il a développé à travers le pays un réseau télécom dénoncé par le gouvernement libanais en mai dernier.























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(1) : disponible prochainement