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Pascale Ourbih : « je suis la créature de mes rêves d'enfant »

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21 Septembre, 2009
Par: Fanny Augustin

Comédienne, femme politique, présidente du festival de cinéma gay et lesbien de Paris, Pascale Ourbih s’est construite sur ses différences.

Alger. Elle a quatre ans lorsque ses parents divorcent. Sa mère élève ses sept enfants dans le respect et la tolérance. Pascale évolue dans l’Algérie des années 70, indépendante depuis huit ans seulement, en transition vers un nouveau modèle. Un changement politique essentiel, mais aussi « une forme d’embargo sur la culture française. Passionnée de musique, de cinéma et d’autres arts, je ne voyais pas arriver les cultures qui viendraient prendre le relais. J’avais toujours rêvé d’aller au-delà de mes frontières natales. Je savais que je partirais. »

Différence et identité

Sa différence se manifeste dès l’âge de 12 ans. L’entourage se demande comment, à cet âge, un garçon peut encore ressembler à une fille... Elle ne se pose aucune question. Sa mère  ne la juge pas, Pascale écoute ses conseils nourris de complicité. En toute confiance, elle accueille sa transsexualité. Consciente de son pouvoir de séduction, Pascale sort, mais se fait discrète en évitant les apparats voyants. « Je me maquillais avec un brillant à lèvres. » 17 ans : diplôme en pharmacie. Elle obtient, du même coup, la dérogation de son père pour rejoindre l’Hexagone. Sa décision est mûrement réfléchie, sa détermination sans faille. Et son prénom ? « Un pseudo. Physiquement, je ressemblais à une Européenne. Et c’est aussi un prénom mixte. »

Différence et beauté

Paris. Pascale pose ses valises à Pigalle, en colocation avec des compatriotes qui ont un autre mode de vie. Transsexuelles et prostituées, elles autorisent Pascale à rentrer dans l’appartement... entre deux heures du matin et midi. Déterminée, Pascale capitalise sur sa rare beauté. Elle devient danseuse, puis mannequin. L’intégration d’un nouveau monde : auteurs, musiciens, stylistes, acteurs, etc. Elle fréquente le Palace, une discothèque pas comme les autres : une créativité hors du commun et – une première à Paris ! – un vrai mélange des genres. Homos, hétéros, pauvres, riches, noirs, blancs, punks, BCBG... C’est ça, le Palace !

Différence et avant-garde

La passionnée de théâtre s’inscrit au cours Florent. Sans s’y épanouir totalement... Les rôles proposés la cantonnent à des personnages de transsexuels. Pascale, elle, veut jouer la vie qu’elle n’a pas. Et puis, un jour, elle visionne Ceux qui m’aiment prendront le train, le film de Patrice Chéreau. « L’interprétation de Vincent Perez, dans le rôle d’une transsexuelle fut saluée par la presse. Mais il n’a pas incarné le trans. À partir de ce moment-là, je me suis promis de nous rendre hommage. Après dix ans de silence, je suis revenue devant une caméra. »

2002. On lui propose de jouer Thelma de Pierre Alain Meier, elle accepte illico. « Je suis la première transsexuelle en France avec un premier rôle au cinéma ! Traduire à l’écran nos sensations, sans tomber dans la caricature, c’était très important. » Journalistes et public sont charmés. Le rôle est précurseur, Pascale se fait une sorte de médiatrice pour répondre aux interrogations sur un statut qui demeure tabou. Septembre 2009 : elle démarre le tournage d’une nouvelle série pour France 3, avec un rôle de premier plan. « Un pitch novateur, en cohérence avec la femme que je suis. »

Différence et engagement

Pascale s’investit dans l’associatif (Act Up, Groupe activiste trans...). Un axe fort : la prévention du sida « qui a emporté tant de copines ». Nouveaux temps, nouvelles batailles : « La politique est la continuité de l’engagement associatif. Conduire des actions sur le terrain, c’est fondamental, mais la finalité est de porter ses idées jusqu’au pouvoir. J’ai choisi les Verts parce qu’on y est écouté. Je suis fière de les représenter dans le 16e arrondissement de Paris [elle était tête de liste aux dernières municipales]. Il y a deux 16e, l’un bourgeois, connu
de tous, l’autre populaire. Avec des revenus qui ne parviennent plus à joindre les deux bouts.
» Pascale Ourbih, c’est la différence vécue comme un moteur de vie. Tout simplement.

 
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Article paru dans
Numéro 23
Octobre - Novembre - Décembre 2009
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