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Odyssée africaine

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1 Avril, 2008
Par: Thomas Estrup

Joshua Ajakaiye, 22 ans, essaie d’atteindre l’Europe depuis cinq ans. La quête d’une vie meilleure le pousse à traverser désert et fils barbelés. Aucun mur, aucun contrôle des frontières ne l’empêcheront de poursuivre ses tentatives.

 2003 : Joshua traverse 3000 km de désert et franchit la barrière qui sépare le Maroc de l’Espagne. Expulsé, il n’abandonne pas l’espoir d’atteindre l’Europe : « Je risquerais ma vie pour y arriver. Sois je réussis, soit je meurs. » Son regard concentré et sa voix claire montrent qu’il pèse ses mots. Il est assis sur un rocher, non loin de là où il vit, caché. Nous sommes dans les montagnes qui surplombent la côte méditerranéenne, là où la mer borde l’enclave espagnole de Melilla.

Joshua est l’un des dizaines de milliers de migrants du Sud Sahara qui entreprennent le périlleux voyage vers l’Europe. Certains laissent leur vie dans le désert. Les autres doivent encore affronter la traversée de la mer. Dans leur tête : l’idée qu’il leur suffira de fouler le sol européen pour connaître la réussite.

L’Europe livre un combat acharné à l’immigration « clandestine », en fermant toujours plus ses frontières. Pourtant, aucune barrière, aucun contrôle aux frontières, aucune expulsion ne peut dissuader les migrants subsahariens de tenter l’aventure. La plupart paient pour se procurer un bateau et faire le long voyage par la mer, vers les îles Canaries ou les côtes espagnoles. Au Maroc, alors que le nombre de migrants est estimé à 8000, seulement 800 sont reconnus comme réfugiés par le HCR (haut commissariat aux réfugiés). Les autres ? Considérés « clandestins ». « Plus les frontières européennes sont fermées, plus les migrants sont nombreux à rester coincés en Afrique du Nord », explique Johannes van der Klaauw, le directeur de l’agence de l’ONU pour les réfugiés au Maroc.

Plus de 900 migrants seraient morts en essayant d’atteindre l’Espagne par la mer en 2007, d’après l’Association de défense des droits de l’homme d’Andalousie (APDHA). Deux tiers d’entre eux viendraient d’Afrique subsaharienne. Un chiffre certainement inférieur à la réalité. « Notre principal souci est la mort de milliers de ces migrants, victimes du désert ou de la mer. Plus le contrôle se renforce et plus les politiques sont strictes, plus les migrants prennent de risques, em embarquant toujours plus au Sud et parcourant de longues distances. L’élévation des barrières n’est pas une solution, mais nous ne plaidons pas non plus pour l’ouverture des frontières », explique Julien Attuil-Kayser, consultant pour la Commission des droits humains du Conseil de l’Europe.

L’Union Européenne et l’Espagne ont investi des centaines de millions d’euros dans la surveillance des frontières et du détroit de Gibraltar. Entre 2005 et 2006, les barrières qui entourent les enclaves espagnoles [au Maroc] de Ceuta et Mellila ont été élevées à six mètres. Pourtant, très peu de migrants abandonnent leur rêve d’Europe et se résolvent à rentrer dans leur pays. Ceux qui s’y décident doivent trouver l’argent nécessaire au voyage retour et traverser une nouvelle fois le désert…

Joshua, lui, n’abandonnera pas. Son père est mort quand il était enfant. Il n’a passé que six ans à l’cole. Il voulait devenir ingénieur, mais sa mère ne pouvait subvenir à ses besoins, et encore moins payer sa scolarité. Faute de trouver du travail dans sa région du sud du Nigéria, Joshua a quitte sa famille le 28 mars 2003. « Je voulais changer ma situation, passer à autre chose. Aller en Europe, trouver n’importe quel travail. Dans ma ville natale, j’ai vu des gens revenir d’Europe avec de l’argent. Je partaisavec l’espoir d’y trouver d’une vie meilleure », explique-t-il.

7 juillet 2005, Joshua passé la barrière qui sépare le Maroc de la ville espagnole de Melilla avec un groupe de sept Africains, en escaladant la clôture. Joshua s’écorche le pied et les chevilles sur les barbelés. Une fois en Espagne, il se rend au poste de police pour déposer une demande d’asile. Et pense avoir, alors, le droit de séjourner quelque temps à Melilla. Sept jours après, la police espagnole vient le chercher pour le conduire au tribunal, pour en Espagne « continentale ». « J’avais des bleus et des contusions sur le cou tellement la police appuyait fort. » Expulsé du territoire espagnol, il est mis dans un avion à destination du Nigeria, où il atterrit le 2 août 2005.

De retour au Nigeria, il décide de tenter une nouvelle fois le voyage. « J’avais tout perdu. Je voulais vraiment réessayer. » Comme la première fois, le périple le mène du Nigeria au Maroc, via le Niger et l’Algérie, à pied ou en voiture, pendant plusieurs mois. Sans le moindre sou en poche. Ses compagnons d’infortune : d’autres migrants d’Afrique de l’Ouest. « Le pire moment a été le désert au Niger. Nous avions la police aux trousses, mais plus d’eau ni de nourriture. » Arrivé au Maroc – pour la deuxième fois – le 11 mai 2006, Joshua y est toujours. Arrêté par la police, reconduit à la frontière algérienne, sommé de quitter le pays, il a regagné le territoire marocain de nuit. Depuis, il se cache. « J’attend toujours une opportunité d’atteindre l’Europe. Si cette chance se présente, si je ne meurs pas, je sais que j’y arriverai. Je l’ai fait une fois, je saurais le refaire. »
 

 
REPERES
 
- En 2006, e PIB (produit intérieur brut) par habitant était 539 euros au Nigeria, 1278 euros au Maroc, 19 1113 euros en Espagne, 22 775 euros dans l’ensemble de l’Union européenne (source : Banque Mondiale). 
- Les migrants en route vers l’Europe sont pour la plupart originaires du Nigeria, du Ghana et du Maroc. 
- Le voyage se déroule souvent en plusieurs étapes. A chaque escale-clé (“hubs” migratoires), les migrants travaillent ou mendient pour réunir l’argent nécessaire à la suite du périple.

 
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© D.R.
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