L’événement est initié en partenariat avec les Journées de l’entrepreneur et la Fondation Kauffman. Objectif : présenter le discours d’inauguration du Président Obama aux chefs d’entreprises français et faire le point sur l’entrepreneuriat en France. Pour animer la discussion, l’ambassade a sollicité Marc Cheb Sun, Directeur de la rédaction de Respect Mag.
Quelles places et quels rôles ont les femmes, les jeunes, les gens issus des minorités dans la création d’entreprise en France ? Quel poids ? Comment trouver de nouveaux modèles pour encourager les entrepreneurs, soutenir les initiatives et les financer ? Comment mettre l’innovation et la créativité au centre du système ?
Premiers éléments de réponses via le discours d’ouverture du Sommet de Barack Obama. Oreilles et yeux grands ouverts, les invités écoutent le président américain réaffirmer son souhait de prendre un « nouveau départ » avec les communautés musulmanes du monde entier. Une volonté affirmée dès juin 2009, lors d’un discours tenu au Caire : le Président promettait d'agir en faveur du développement économique du monde musulman et de ses communautés présentes dans divers pays. « Ce qui vous rassemble ici aujourd'hui, c'est une conviction que nous partageons - celle que nous sommes liés par certaines aspirations communes. Vivre dans la dignité. Faire des études. Mener une vie saine. (…) Mais nous sommes rassemblés aussi parce que nous savons qu'au fil des ans, en dépit de ce que nous avons en commun, les États-Unis et les communautés musulmanes du monde entier ont trop souvent succombé à une méfiance mutuelle. (…) Au niveau gouvernemental, je note que la décision de mettre le G20 à la tête du processus de décision a permis de faire entendre de nouvelles voix, dont celles de la Turquie, de l'Arabie saoudite, de l'Inde et de l'Indonésie. Et aujourd'hui, nous tenons l'engagement que j'avais pris au Caire, d'approfondir les liens entre les dirigeants d'entreprises, les fondations et les entrepreneurs des États-Unis et des collectivités musulmanes partout dans le monde. » (1)
Afin de prolonger la dynamique lancée par des propos présidentiels pleins d’espoir, l’ambassade donne la parole à quatre entrepreneurs français, exemplaires. Sandra Legrand, Présidente du Club des ambassadeurs des JDE, emploie 105 salariés au sein de Canal CE. Dont 63% de femmes. Un chiffre qu’elle assume et revendique. «A compétences égales, les femmes ont des qualités que les hommes n’ont pas nécessairement: plus de pugnacité, de rigueur et de souplesse». Lorsque 30% des créateurs d’entreprises sont des créatrices, les femmes sont nettement moins nombreuses à dépasser le «seuil de croissance» lorsque l’activité se développe. Sandra Legrand y voit un « réflexe culturel » et prône l’exemplarité des femmes actives par l’action positive. Canal CE, signataire de la Charte de la Diversité et de la Charte de la parentalité, tord le cou aux préjugés avec 30% de croissance annuelle.
Deuxième invité : Jean-Marc Borello, figure de l’entrepreneuriat social, délégué général du Groupe SOS. Santé, développement durable, insertion, médias… Le Groupe d’économie sociale et solidaire emploie 3000 salariés et compte près d’une trentaine de structures. 25% de croissance annuelle. La preuve qu’action sociale et économie sont loin d’être incompatibles. «Il faut cesser d’opposer ces termes. On peut entreprendre, de façon pérenne, autrement. Concilier croissance économique et intérêt général. Le commerce équitable illustre assez bien notre dispositif : nos fournisseurs, basés dans des pays en difficulté, produisent, vendent et créent des richesses. Ici, leurs productions sont vendues dans les boutiques Alter Mundi, elles-mêmes des structures d’insertion». La boucle est bouclée !
Diaa Elyaacoubi, PDG de Streamcore, est Présidente du club Esprits d'Entreprises, un think thank qui regroupe près de 400 entrepreneurs. Son idée ? «Promouvoir l’esprit d’entreprise pour montrer qu’au delà des risques, il est tout à fait possible de créer et de partager». De retour en France, après un tour du monde, en 2002, Diaa Elyaacoubi retrouve son pays «en dépression». «Je me suis dis qu’il serait intéressant de créer une structure pour fédérer les PME et agir en leur faveur. L’objectif est aussi de pousser des jeunes (entre autres) à entreprendre». Selon elle, le pessimisme règne sur l’Hexagone. «Aux USA, dès qu’une personne réussit, on la montre en exemple. Ici, c’est l’inverse, on la cache. C’est dommage car la France a un gros potentiel d’innovation», notamment en matière d’ingénierie.
Le tour de table se termine en gourmandise, avec Augustin Paluel-Marmont, trentenaire, co-fondateur de la marque Michel et Augustin.
Petits sablés, «vache à boire»… Miam… «On a fondé notre structure en 2004, dans mon petit appartement». Six ans plus tard, le duo a imposé sa marque sur le marché encombré de l'alimentaire : 27 salariés, près de 5 000 points de vente en France. «Notre projet est simple : faire sourire la planète». Pourquoi créer sa propre boite ? «Pour donner un sens à ma vie, en être acteur. Quand j’étais salarié, je ne savais pas pour quelles valeurs je me battais. Je suis frappé de voir que lorsque on est à New York, on a l’impression que tout est possible. En France, c’est l’effet inverse. Les Français ont une aversion au risque, une peur de l’échec incroyable. J’aimerais qu’on parle des réussites mais d’abord des gamelles qu’on se prend avant d’y arriver. Il faut voir l’échec comme un enseignement». Pour favoriser l’entrepreneuriat, Augustin et son collaborateur ont créé Le bureau d'Ambroise. Une démarche solidaire : une mise en relation d’entrepreneurs «sans bureau fixe» avec des entreprises qui veulent bien leur prêter un de leur poste de travail temporairement vide. Objectif ? «Impulser le lancement de leur structure en facilitant l’accès à l’immobilier. Les porteurs de projets sont accueillis pour 3 à 6 mois».
«En France, seuls 70% des jeunes entreprises réussissent à passer le cap des 3 ans d’activité. Dans les zones urbaines sensibles, le taux atteint les 60%, avec un nombre de créations d’entreprises deux fois plus important qu’ailleurs», explique Abdellah Aboulharjan, fondateur de La Nouvelle PME, premier réseau associatif et solidaire, ouvert à tous les entrepreneurs et en particulier à ceux basés en ZUS. Globalement, l’entrepreneuriat français semble avoir de beaux jours devant lui malgré le contexte actuel, morose. Nombreux sont les entrepreneurs à déplorer le pessimisme frenchy à l’inverse des Etats-Unis, où, quoi qu’on dise, le «rêve américain» semble toujours d’actualité et donne de l’espoir. Non négligeable pour créer et progresser. «Cette rencontre montre que l'entrepreneuriat est primordial pour avancer, affirme Geneviève Belt, vice présidente national déléguée à l'entrepreneuriat au féminin, membre du Conseil économique et social. C'est là que se construit et s'élabore la solution. Il est le moteur d'avancement ». Pour Daniel Hierso d’Outre-Mer Network, «la volonté d'entreprendre est là. C'est une prise de risque obligatoire pour sortir de la crise. Surtout pour nous ! N'oublions pas que Barack Obama a été porté par le lobbying des entrepreneurs».
(1) Lire l’intégralité du discours I france.usembassy.gov
Photos : Darnel Lindor
Entrepreuneuriat et diversité
Intervention de Marc Cheb Sun en ouverture au débat du 27 avril, en prolongement du sommet de Washington.
« L’innovation, la relance de l’économie, le vivre ensemble, la promotion de la diversité, semblent être des thématiques très éloignées les unes des autres. La dynamique entrepreneuriale peut cependant conjuguer ces idées qui, toutes, correspondent à de grands enjeux partagés dans différents pays. Construire sa propre vie, tout en étant acteur de la société dont vous êtes citoyen… Banal diront certains. Banal ? Certainement pas pour les populations déconsidérées, voire discriminées, écartées d’une projection possible dans une histoire commune, un avenir commun, dans une participation légitime à une société qui est aussi la leur.. Les femmes, les minorités, les jeunes, les milieux populaires, les personnes handicapées, et d’autres encore selon les spécificités de telle ou telle culture, restent éloignés des cercles de pouvoir, de décisions, parfois infantilisés, ou instrumentalisés. Leur potentiel d’innovation conjugue souvent la compétence à une expérience particulière de la vie. La soif d’indépendance, la nécessité, la marginalisation, mais aussi l’ingéniosité, la passion, la volonté de participer, de redonner espoir à leurs communautés, tout cela pousse ces entrepreneurs à chercher en eux ce que la société ne leur offre pas aussi justement qu’elle le devrait.
Enfin, avant de d’ouvrir la discussion, je voudrais saluer l’initiative du Président Obama, que beaucoup entendront d’une oreille particulièrement sensible, ici, en France où les populations musulmanes, par ces temps difficiles, apprécieront l’esprit de cette main tendue. Au-delà de la compassion, une main tendue vers l’inclusion et la participation. Une main tendue à des acteurs, et non à des sujets. »























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