Place de la Madeleine, 16 h 15. Souriant, Ibrahim sort tout juste du travail. Pas de temps à perdre ! Son entraînement de basket commence bientôt, au centre sportif Émile Anthoine, dans le 15e. Ligne 8, RER C, en 22 minutes, c’est plié. Mais pas pour Ibrahim. Paraplégique depuis l’âge de cinq ans, il se déplace en fauteuil roulant.
Le métro ? Hors de question : « Je ne prends que la ligne 14. Et encore... En général, il y a trop de monde, c’est la galère ». Le jeune homme de 28 ans se résigne à prendre le bus. C’est parti !
Patience et longueur de temps...
Pour se rendre à l’arrêt, Ibrahim doit faire un long détour. Les trottoirs, trop hauts, ne lui permettent pas de descendre sur le bitume. Le bus 95 arrive. Ibrahim signale sa présence au chauffeur pour qu’il enclenche l’accès fauteuil. Pas de chance, le mécanisme ne fonctionne pas. Sportif, il se hisse grâce à la force des bras. « Ça arrive souvent. Parfois les gens m’offrent leur aide, mais certains ne se poussent même pas pour me laisser rentrer ! »
A Saint-Lazare, Ibrahim descend pour prendre un autre bus. Des travaux barrent le passage en pente douce du trottoir. Il parvient à slalomer entre les barrières et traverse la rue. À l’arrêt suivant, un scooter gêne l’accès fauteuil. Le chauffeur refuse de s’avancer… et s'en va. La situation énerve Ibrahim, qui ne perd pourtant pas le sourire. L’habitude, sans doute. « Quand il y a vraiment trop de monde ou quand il y a deux poussettes, je ne peux pas monter.
Parfois, je prends un taxi ». Mais il arrive qu’on le refuse. « Ils te disent non, clairement. Moi, je me débrouille tout seul, mais certains ont besoin d’aide pour s'asseoir dans la voiture. Les chauffeurs n’ont pas trop de temps à perdre ». L’entreprise d’Ibrahim rembourse le taxi, comme les transports en commun pour la plupart des salariés. Toutefois, il existe un système pour les personnes à mobilité réduite, le Pam (Paris accompagnement mobilité). Mais il faut prendrebrendez-vous à l'avance. Ibrahim préfère circuler comme tout le monde. « J’habite dans le 18e. Le temps de me doucher et de reprendre le bus 80 qui fait tout le tour de Paris, je ne suis pas chez moi avant minuit . Pour moi, l’accès au transport est ce qui gêne le plus la pratique du sport », confie-t-il.
Système D
Même lorsque les centres sportifs sont équipés, les ascenseurs ne marchent pas toujours. Dans ce cas, place au système D : « Quand il y a des pannes, je demande à quelqu’un de s’occuper du fauteuil. Moi, je monte à l’aide de mes bras ». En revanche, Ibrahim a besoin d’un fauteuil spécial pour accéder aux piscines. Actuellement, 23 bassins municipaux sur 38 accueillent les personnes handicapées. Pourtant, sur le site Internet de la Ville de Paris, difficile de savoir clairement quels lieux sportifs sont adaptés aux personnes en fauteuil.
17 h. Ibrahim descend à l’arrêt École militaire. Le trottoir défoncé par les racines d’arbres et les pavés ralentissent son fauteuil. Il s’apprête à traverser un passage piéton : une voiture garée l’empêche de voir un scooter débouler à toute vitesse. L’accident est évité de justesse. « Il faut être extrêmement vigilant car on ne nous voit pas toujours !». À peine finit-il de parler que le rebord du trottoir le fait presque chuter.
17 h 30. Ibrahim arrive enfin au centre sportif. Le trajet aura duré un peu plus d’une heure.























