J'ai mes identités qui me démangent
Maman aime pas le programme nucléaire de papa. Lui, pas facile à cerner, n'est pas très "sexe, drogues et rock'n'roll". Ma main droite donne des claques à ma joue gauche. La photo de mon shenasnameh tire la langue à celle de ma carte d'identité. Monsieur Sarkozy, le président de ma république natale, pose une question qui met mon cerveau en ébullition. Am I moi or quelqu'un d'autre? Have I the droit d'exister or am I une méchante chose à moustache?
My name: Keyvan, my langue: French épicé somewhat métissé, my pays: le ciel bleu et tout ce qui est en dessous, my identité? Rêveur de rêves, faiseur de choses, diseur de blagues, croqueur de pommes, chatouilleur du temps qui passe... J'ai beau chercher, je ne trouve rien de "national" là dedans. Je ne pleure pas sous les drapeaux, je ne contrôle pas les arbres généalogiques des gens avant de les embrasser, je ne crois pas aux petits traits qu'on trace par terre pour dire où s'arrête le toi et où commence le moi et je ne suis pas très chaud pour mourir pour la France (ou l'Iran d'ailleurs).
Est-ce que ça veut dire que je dois rendre ma carte d'identité (et mon badge) au patron? Tu l'aimes ou tu la quittes, qu'il disait. Choisis une fois pour toutes ton côté de la barrière. Tu veux être un cowboy ou un indien? Non, tu ne peux pas être autre chose, faut en choisir un des deux, et pronto mon pote, parce qu'on a toute une file de 30 millions de métis à tamponner après toi. What are you? Loup-garou or loup-garé? Bigarré, égaré? Mal garé! Stationnement gênant, vous pouvez pas rester. Faut vous trouver une place quelque part d'adapté. P'tet sur une île déserte pour dingos désaxés, mulâtres désorientés, humanoïdes complexés qui s'inventent des problèmes rien que pour nous embêter.
Et pourtant ma Nation, je l'ai tellement adorée. C'était une de mes stations de métro préférées. Je l'aimais mieux que République, Concorde ou Bonne Nouvelle. Une gare aux portiques pas trop durs à sauter, avec sur les quais presqu'assez d'sièges pour tout l'monde. S'y cotoyaient clodos, businessmen, guitarreros, bottines mondaines. C'était ça ma Nation. Elle partait tous les jours dans tout plein de directions sans même une seule seconde avoir peur de se perdre.
Keyvan Sayar, 29 ans, jeune auteur franco-iranien, vit aux Pays-Bas. Il a fondé l'association Les doigts bleus en 2002. Son but ? Promouvoir « l'art dans la vie ». Comment ? En aidant la création artistique dans les domaines de la littérature, des arts plastiques, de l'audiovisuel, du spectacle et des arts multimédia. L'asso réalise également des actions citoyennes et solidaires. Ballades artistiques pour amener les gens à voir leur environnement sous d'autres angles et se le réapproprier, collectes de livres, de films et musique, pour les envoyer dans des pays en voie de développement... En bref, le prolongement naturel d'activités liées à la création artistique, "car avant d'être des créateurs, les artistes sont des citoyens". En savoir plus
Keyvan a aussi publié plusieurs bouquins. Le dernier en date : Le Docteur Rippenblatt et ses charmantes conséquences (mars 2008, Editions Biliki). Les aventures extraordinaires d'une famille en recomposition. Conte initiatique, roman musical; une invitation à trouver l'aventure au coin de la rue, à regarder le monde autrement, à nous poser toujours plus de questions et à subir toutes leurs charmantes conséquences. En savoir plus



































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