Ton rapport à l’Afrique ?
Mon père est malien-sénégalais et ma mère malienne-mauritanienne. J’ai grandi dans la culture africaine sans être un fan de musique traditionnelle. Je pense même que je faisais un rejet ; mon truc à moi, c’était le rap ! En 1992, je suis allé au Mali pour la première fois et là, mon coeur s’est ouvert à des artistes comme le malien Salif Keita, le sénégalais Youssou N’Dour… Le déclic, quoi ! Dans le 113, on a toujours revendiqué nos doubles cultures : Karim (alias Rim-K) pour le Maghreb, Yohan (alias AP) pour les Caraïbes, moi pour l’Afrique de l’Ouest. J’ai eu envie d’aller plus loin et de réaliser un album solo entièrement orienté en ce sens.
Genèse du disque ?
En quatre étapes : Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire et France. Je suis parti avec toute une palette d’instrus hip hop. Les rencontres avec les artistes locaux ont permis la fusion. Ç’aurait été hypocrite de rester à Paris. Cet album est un voyage sans passeport ni visa, avec plein d’escales. Et, parfois, des zones de turbulence : il y a des thèmes forts… Au final, les fans de rap comme les passionnés de musique africaine peuvent s’y retrouver. Faire poser Salif Keita sur une grosse prod rap d’Animals Sons (collectif de beatmakers français), c’est une grosse satisfaction ! J’ai aussi réalisé un rêve en faisant un morceau avec Youssou N’Dour, son premier avec un rappeur français. Contrairement aux Afro-Américains, nous avons la chance de connaître nos racines. Il est important de renouer avec elles. Mon père, qui n’a jamais vraiment apprécié ma démarche artistique, est fier de ce disque.
Le hip hop africain ?
Un truc énorme ! Il y a de grosses scènes sur tout le continent : Bénin, Gabon, Mali, Congo, Sénégal ! De nouveaux festivals se montent sans arrêt et les chaînes de télé diffusent du hip hop toute la journée ! Les artistes possèdent une belle plume et sont très créatifs. Ils n’ont rien à nous envier. Les jeunes Africains ne comprennent pas trop ce qui se passe chez nous : en surfant sur les forums de rap français, où les discussions se résument à « fusils à pompe, coke, meurtre », ils ont l’impression que tout le monde est fâché ! Pour eux, c’est la guerre en France !
L’avenir ?
Outre un nouveau projet avec le 113, je compte faire un deuxième album solo qui sera la suite de Mon Afrique. Dans le premier, j’ai fait poser le rappeur sénégalais Fou malade, un des meilleurs de sa génération – sur le titre Politique, avec Amadou & Mariam, Manu Chao et Tiken Jah Fakoly. La prochaine fois, j’espère collaborer avec plein d’artistes hip hop de tout le continent. Plusieurs concerts sont prévus : en Guinée, au Sénégal, au Mali, en Algérie, au Maroc. Il y aussi des pistes pour sortir l’album sur place : ce serait super d’y parvenir ! Je compte enfin joindre l’acte à la parole : c’est bien beau de parler de l’Afrique, encore faut-il agir ! En plus de parrainer des écoles, je vais reverser mes royalties à des fonds pour lutter contre le paludisme. En Afrique, cette maladie tue deux fois plus que le sida.

























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(1) : disponible prochainement