On s’est recueilli à l’épicerie du coin, seul lieu ouvert à une heure du mat’. Le vieux Mouloud a raconté son MJ, celui des Jackson five avec coupe afro jusqu’au ciel, pattes d’eph’ à fleurs mortel, chemises ouvertes sur col pelle à tarte. Et la voix angélique d’un gamin qui te tirait des sanglots sur Ben, ou te faisait mouliner les bras sur ABC. Maman a enchaîné. Son MJ ? Un jeune homme encore noir qui décollait les murs le moonwalk suivi des pointes de Billie Jean. avec Off the wall, te faisait sauter du sol sur Get on the floor. Même que t’en redemandais jusqu’à Don’t stop ‘til you get enough.
« N’importe quoi », a repris Bruno, MJ c’était Thriller, fossoyeur des scopitones à la papy. Après ce clip de ouf, la moitié du quartier exhibait l’horrible veste rouge à liserés noirs. Chaque apparition de l’idole ajoutait un élément au kit du parfait gogol : le curly (coupe de cheveux improbable), les chaussettes blanches remontées sur pantalons trop courts (pour mettre en valeur son jeu de jambes, mais juste ridicules sur nous), les Weston bicolores (remplacées par des mocassins à glands informes), le gant blanc serti de diamants (remplacé par de la verroterie)...
Pour moi, c’était le King of pop de Dangerous qui défonçait tout sur scène : des concerts repassés en boucle dans la cave où un miroir reflétait nos pas maladroits. Résultat : une cheville pétée en tentant le moonwalk suivi des pointes de Billie Jean. Mon pote Salomon, lui, s’était pris une tarte par sa mère : interdiction de poser les mains là où il fallait pas ! Black or white, on avait tous en nous quelque chose de Michael et on savait qu’après ce putain de 25 juin, la terre perdait un génie qui ferait danser le ciel pour l’éternité. Tu chantais Just call my name and I’ll be there alors je te le demande MJ : I want you back !























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