Quelle place aujourd’hui pour le hip hop au Maroc ?
C’est le courant musical qui se développe le plus, tant en termes d’audience que de nombre d’artistes qui se lancent. Peut-être parce que c’est celui qui correspond le mieux aux jeunes Marocains : le langage du hip hop, réaliste, proche du quotidien, leur permet de se sentir écoutés et représentés. Et puis il est accessible à tous : pas besoin de beaucoup de matériel pour faire du rap, il suffit d’un ordinateur, d’un micro, éventuellement de platines... Pas compliqué de se lancer ! Le groupe H-Kayne, par exemple, a commencé avec les moyens du bord. Pour leur premier album, pressé à 10 000 exemplaires, les toilettes d’un des musiciens ont été capitonnées et transformées en cabine d’enregistrement ! Leur deuxième opus a été enregistré en studio, signé par un label. La preuve qu’au Maroc, tout commence avec le système D ! Les quelques groupes désormais « établis » sont passés par cinq ou six bonnes années de galère avant de récolter le fruit de leur travail. Ils ne vivent pas de la vente de leurs CD, car ceux-ci sont toujours piratés, mais grâce à la scène. Certains commencent même à tourner un peu en dehors du Maroc. Ces concerts permettent de changer l’image du pays. Les gens s’aperçoivent qu’on crée autre chose que de la musique gnawa !

Le rap, moyen de revendication sociale, culturelle, identitaire ?
Les trois. Le hip hop d’ici se veut marocain à tout prix. Via notamment les textes : les groupes actuels n’utilisent ni l’anglais du hip hop US, ni l’arabe classique de la musique traditionnelle, mais le derija, c’est-à-dire l’arabe marocain de la vie de tous les jours. Pour marquer l’aspect « local », les artistes incorporent aussi pas mal de sons de la musique traditionnelle arabe ou marocaine
Quelle reconnaissance ?
Depuis deux ans, l’espace médiatique marocain s’est ouvert ; des radios comme Hit Radio – dédiée aux jeunes et 100% musicale - ont pu émerger. Le succès de groupes comme H-Kayne a ouvert la porte de ces médias à pas mal d’autres artistes. Mais les radios restent frileuses. Plus le message est politiquement correct, plus le morceau a de chances d’être diffusé. Mais attention, les programmateurs ne censurent pas pour autant le hip hop. Ce canal permet aux jeunes de dire ce qu’ils sont, ce qu’ils attendent. Les morceaux diffusés sont souvent ironiques ou piquants... Incontestablement un progrès pour la liberté d’expression. Je crois que la nouvelle scène musicale a fait autant pour cette liberté que le journalisme. Les deux mouvements ont avancé ensemble, en parallèle. Aujourd’hui, on en voit les résultats : les gens discutent entre eux de sujets qu’ils n’auraient jamais osé aborder avant, même en privé. Lorsqu’ils entendent certains messages, ils posent des questions, cherchent à en savoir plus, c’est bon signe !
Conseil à donner à un rappeur en herbe ?
Surtout ne pas essayer de copier ce qui a déjà été fait. Le copié collé n’a aucun intérêt. Le plus important, c’est d’apporter sa créativité.
























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