Asie / Pacifique Musique

Madras Sound System

  • Increase
  • Decrease
  • Normal

Current Size: 100%

share facebook share twitter share myspace add this
21 Mai, 2010
Par: Réjane Ereau

Madras, capitale du Tamil Nadu, au sud-est de l'Inde. Si en surface, la quatrième métropole indienne a du mal à faire la place aux cultures jeunes, en sous-sol, ça s’active. Du rap au métal, regard d’artistes bien décidés à affirmer leur style.

« J’ignorais l’existence du hip hop jusqu’à tomber sur un morceau de Yogi B (1). Du rap tamoul, venu de Malaisie. Le choc ! témoigne Akram, beatboxer. Je n’écoute plus que ça. Parce que c’est ma langue, qu’elle est poétique et que ça sonne ! »

Si une scène hip hop tamoule a su naître en Malaisie, à Madras, elle reste underground. « Ici, les rappeurs sont online ! Les gens n’achètent pas de CD, les salles se comptent sur les doigts de la main et le public n’est pas très aventurier », commente Srik, leader du combo rap Wattabottles. « Il existe une soixantaine de groupes à Madras, dont certains excellents, mais la plupart sont des "college bands", poursuivent Abijith et Manu, du groupe métal Escher’s Knot. Une fois l’université terminée, personne n’ose passer professionnel : trop mal payé, trop marginal. Du coup, la scène ne grossit pas. »

Ni marché ni visibilité

« Quand des concerts sont organisés, l’entrée est gratuite – pour attirer du monde. Et les organisateurs ne paient pas les musiciens, sous prétexte qu’ils leur offrent une scène! » déplore Abijith. Autre souci : le manque de labels pour les soutenir et les promouvoir. « On doit tout faire nous-mêmes, de façon expérimentale… Parfois, des producteurs étrangers s’intéressent à notre musique, mais ils ne savent pas nous marketer : on ne correspond pas à l’image qu’ils se font de la scène indienne ! Ils n’imaginent pas qu’il y ait ici de super groupes de rap ou de métal. »

Moyen de percer : travailler pour la télé et le cinéma. « Et là, faut être fort pour faire accepter des choses qui ne soient pas purement commerciales ! » estime Srik. Asif, aka Ragged Skull, travaille depuis peu avec des réalisateurs du Kerala et du Tamil Nadu. « C’est une stratégie d’éducation, de petits pas, explique le rappeur et producteur : ici, les gens ne s’intéressent qu’aux chansons des films. Il faut la jouer fine. Incorporer dans tes morceaux des éléments de musique populaire indienne pour plaire au public et l’habituer peu à peu à de nouvelles sonorités... »

Développer une culture

Batteur professionnel, membre des groupes Junkyard Groove et Rainbow Bridge, Jerry vient d’ouvrir une école de musique à Madras. « Je suis né à Dubai de parents indiens, j’ai grandi dans un environnement multiculturel, explique-t-il. C’est cet esprit que j’ai envie d’insuffler. Beaucoup de gens ont peur que l’ouverture à de nouvelles influences porte atteinte à « la » culture. Pas d’accord ! la musique est un seul langage. J’incite mes élèves à sortir des carcans pour donner le meilleur d’eux-mêmes et épanouir leur personnalité. »

Prochaine étape : fédérer les énergies. « Les connexions entre artistes hip hop sont encore informelles, explique Deepa, instigatrice de Hiphop Tamizha et rare fille du milieu. On essaie de créer une convention pour les réunir et les promouvoir collectivement. » Côté rock, « la Band Association of Chennai invite les groupes à collectiviser leurs moyens pour monter des événements communs, explique Abijith. Mais on n’y est pas encore...»

(5) Pionnier du rap tamoul, dans les années 90, Yogi B a obtenu plusieurs disques de platine. En Malaisie, 8% de la population est d’origine tamoule. Des albums de hip hop tamoul y sortent toutes les semaines. 

www.myspace.com/raggedskull
www.myspace.com/eschersknot
http://www.myspace.com/srikmusic

Reportage : Réjane Ereau - hotos : Cécile Cellerier


UNE VOIX POLITIQUE ?

En Inde, le hip hop n’est pas porté par la jeunesse des quartiers populaires, « mais tout le pays en est un, comparé à l’Europe et aux États-Unis ! Et les pauvres n’ont pas accès à la culture », argue Srik, MC et leader de Wattabottles. Issus de la classe moyenne ou aisée, les jeunes rappeurs n’en sont pas moins conscients. « Notre but n’est pas de singer ce qui a déjà été fait, mais d’affirmer et de promouvoir notre identité. Il y a beaucoup de choses à dire sur ce pays, sa diversité, ses disparités. On essaie d’apporter quelque chose de positif ! »


CÔTÉ DANSE

Anjaan, danseur pro « Le bboying émerge depuis trois ou quatre ans. Les gens ne connaissent pas la culture qui y est associée, mais s’y intéressent en tant qu’art. Il y a beaucoup de potentiels, mais les piliers de la danse classique indienne ne nous voient pas d’un bon œil : notre travail rompt les codes esthétiques... Ils sont très sélectifs sur ce qu'ils sont prêts à accepter ! L'important est de travailler avec la jeune génération. Comme les Anglais ont inventé le funky jazz, bharata natyam et hip hop finiront pas se mêler. Les gens apprennent de ce qu’ils voient et entendent : en créant des choses au plus proche d’eux-mêmes, ils feront tomber les cloisons. »

http://choreoculture.com/

Bboy Bravo « En Inde, beaucoup ne voient pas le bboying comme une danse : ce n’est pas juste une série d’acrobaties, il faut suivre le rythme et la musique ! Pour moi, tout a commencé quand j’ai vu une vidéo du Français Bboy Junior. Incroyable. Je me suis intéressé au hip hop, ai commencé à discuter sur Internet… jusqu’à créer le collectif Breakguruz avec des danseurs de Calcutta et du Penjab. La diffusion du savoir passe beaucoup par le web : on échange des photos, des vidéos, des conseils. Notre but : créer un réseau pour que les gens puissent trouver des infos, promouvoir l’esprit du bboying et lancer un mouvement.

CÔTÉ FILMS

Nishanth, cinéaste « La production tamoule est axée sur les comédies musicales. Les puissants exploitent le filon, sous souci de qualité ! Pour sortir du lot, t’es obligé de t’autoproduire… Sans être sûr de trouver un diffuseur : les salles participent au système. Seule issue : envoyer ton film à Cannes ou à Sundance en espérant être remarqué ! Faute de financements, je vais devoir faire d’énormes compromis sur mon travail pendant des années, jusqu’à m’être fait un nom. Je pourrai alors soutenir des gens qui ont du talent et de la substance.» 

 Propos recueillis par Réjane Ereau - Photos : Cécile Cellerier

 

 


NAMASTE FRANCE

C’est parti pour un an de culture indienne dans l’Hexagone !

Musique, danse, cinéma, littérature, mode, arts plastiques… Partout en France, jusqu’en juillet 2011.

Infos : www.namaste-france.com

 

 

 
See video
See video
See video
P_MadrasSound1
P_MadrasSound2
P_MadrasSound4
P_MadrasSound4
P_MadrasSound5
P_MadrasSound6
Un des danseurs du Crew Fifth Element en répétitions - Madras, Inde - Avril 2010
B Bboy Bravo, 19 ans, en répétition dans le studio de Fifth Element, à Madras (Inde) - Avril 2010
Wattabottles - Madras - Avril 2010
P_MadrasSound1
Swami, Srik et Adhi, du groupe rap Wattabottles - Madras, avril 2010
P_MadrasSound2
Asif, aka Ragged Skull, rappeur et producteur - Madras, avril 2010
P_MadrasSound4
Deepa, rare fille du milieu musical de Madras, engagée dans la fédération des artistes hip hop de la ville - Avril 2010
P_MadrasSound4
Akram, étudiant et beatboxer - Madras, avril 2010
P_MadrasSound5
Jerry, batteur professionnel, vient d'ouvrir une école de musique à Madras - Avril 2010
P_MadrasSound6
Bboy Bravo, en répétition dans le studio du collectif "5th Element" - Madras, avril 2010
share facebook share twitter share myspace add this
  • Increase
  • Decrease
  • Normal

Current Size: 100%

Déjà inscrit ? Connecte-toi pour réagir à cet article
S′inscrire pour réagir à cet article
En t′inscrivant, tu peux :
  • Réagir aux articles
  • Soumettre une contribution¹
  • Répondre à un appel à témoignage¹
  • Mémoriser un contenu¹
  • Participer à un jeu¹
  • Participer aux interviews online d′artistes et de personnalités¹
  • T′abonner aux podcasts¹
  • Et bénéficier de tous les nouveaux services de RespectMag.com
(1) : disponible prochainement
  1. Cultures
  2. Claude Guéant / Politique
  3. festival / Invincible / Sons d'hiver / Musique
  4. Album / FRER200 / rap / Musique
  5. Claude Guéant / Islam / racisme / Politique
  6. Cultures / Interview / Mata Gabin
  7. Cultures / Spectacles / Villette / WIP
  8. Egalité des chances / Emploi / Prix Washburne
  9. Documentaire / Extraits / Noirs de France / Mémoires
  10. Islamophobie / Politique
  1. Cultures
  2. Noir désir / rap / Youssoupha / Musique
  3. Barbès Café / concours / Spectacle / Musique
  4. Agression / Citoyenneté / Marseille / Nassurdine Haidari / PS
  5. 100% Noirs de France / Respect Mag / Sommaire / Vivre ensemble
  6. Diversité / ELLE / magazine / Préjugés / racisme
  7. Citoyenneté / edito / Respect Mag / Terra Nova
  8. 2012 / Black history month / Vivre ensemble
  9. Offres d'emploi
  10. Islam / Nounou / Sénat / Voile / Politique
facebook link twitter link my space link

Revue trimestrielle axée sur les nouveaux enjeux de société