Quelle politique de la diversité chez M6 ?
Nos programmes doivent ressembler au pays dans lequel vivent les téléspectateurs. Représenter la diversité est un souci constant depuis la naissance de M6, à travers La famille Ramdam, le Cosby Show, ou, plus récemment, les émissions de recherche de talents. La musique également, où la diversité est très forte. C’est presque un objectif marketing : nous avons la volonté de faire une chaîne qui ressemble à ses téléspectateurs. La proximité est une dimension très importante pour M6.
Pourquoi avoir créé la chaîne M6 Music Black, a priori très segmentante ?
On a d'abord créé M6 Music, puis on l’a déclinée en trois chaînes : M6 Music Hits, M6 Music Black et M6 Music Club. Black ne fait pas référence à la couleur noire mais à un genre musical assez large. Le terme «musique urbaine » aurait peut-être été plus proche, mais pas suffisamment clair.
Quid des artistes noirs qui ne se reconnaissent pas dans la musique « black », ou des artistes blancs qui font de la musique urbaine ?
On ne raisonne pas par rapport à la couleur de l'artiste, mais par rapport à son univers musical. Donc un artiste noir qui ne fait pas de musique black mais de la pop sera joué sur M6 Music Hits.
En 2007, vous reconnaissiez le manque de diversité dans les équipes de la chaîne. Deux ans plus tard, où en est-on?
Quand je regarde M6, je vois plus de diversité que dans mes équipes ! Mais il ne faut pas nier qu’il y a des barrières pour recruter. La diversité dans les cycles d’études supérieures est très faible. On attire beaucoup l’attention des écoles et des universités là-dessus. On est aussi partenaire de l’ESJ Lille et du CFJ, pour la formation en alternance. Il faut favoriser ce type de cursus, ainsi que les bourses pour les personnes issues de la diversité, et pousser les écoles à ouvrir leur mode de recrutement. Deuxième chose : les médias fonctionnent trop par cooptation. Ils sont composés de gens qui sont proches et se ressemblent. Il faut ouvrir les réseaux ! Les collaborateurs de M6 issus de la diversité nous y aident d’ailleurs beaucoup.
La chaine se montre-t-elle coercitive vis-à-vis de ses producteurs de contenus, en les incitant à plus de diversité ?
Non, ce n’est pas l’état d’esprit. On est directif, on donne une orientation éditoriale à nos équipes. Quand on travaille avec une société de production, les décisions se font en commun avec le producteur. Personne n’impose de quotas.
Le manque de diversité dans les équipes a-t-il une influence sur le traitement des sujets ?
Non. C’est plutôt un problème général : l’information se résume souvent à un fait d’actualité, à un angle. Le manque de diversité ne rend pas une rédaction moins compétente pour traiter un sujet.
66 Minutes a diffusé un reportage sur Sarcelles, qui a poussé les habitants à manifester. La question du traitement journalistique des banlieues se pose-t-elle dans les rédactions ?
66 Minutes rebondit sur une actualité, en l’occurrence violente. Les habitants et le maire ont jugé le reportage caricatural : le rédacteur en chef et la présentatrice, Aïda Touihri, se sont expliqués au CSA comme à Sarcelles. Un magazine d’actualité traite un événement. Ça ne veut pas dire que la banlieue se résume à ça ! On fait attention à ce qu’il n’y ait pas de caricature. Je crois qu’on y arrive.
Le rapport Médias et Diversité ?
Extrêmement important. La représentation de la diversité dans les instances françaises, c’est un vrai sujet. Mais ce serait dommage de trop focaliser sur les médias. Je trouve même que la télévision représente significativement la diversité. Ce qui n’est pas le cas de toutes les institutions.
Des actions concrètes à l’avenir ?
Augmenter l’aide à la formation. La diversité, c’est un souci quotidien. Ce n’est pas une commission, un responsable diversité, ou une réunion spéciale sur le sujet. C’est tout le monde, tout le temps.
COUP DE CŒUR: INCROYABLES TALENTS, INCROYABLE DIVERSITE
Une grande émission populaire en prime time sélectionne "d’incroyables talents" à travers la France. Banal?
Non, lorsque les arts représentés vont du hip hop au chant lyrique en passant par la magie et le gospel. Pas banal non plus quand les candidats n’ont pas tous le physique formaté, ni l'âge où "tous les rêves sont permis" (moins de 30 ans). Pas banal encore parce que le style musical d’un candidat ne «cadre» pas forcément avec son origine ethnique, et parce que le mélange des genres, ici, n’est pas un handicap vers le succès, mais plutôt un moteur (cf. le danseur Skorpion arrivé en deuxième position). Ce programme est une démonstration: la diversité est essentielle pour dénicher nos "incroyables talents".























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