Roberto Lovato est l’un des piliers de New America Media. Depuis 1996, ce groupe de presse, basé à San Francisco, fédère des médias ethniques. «Je n’aime pas ce terme, souvent péjoratif: tout le monde est ethnique! Pour les décomplexer, j’encourage souvent les jeunes issus des minorités à voir les Blancs comme une ethnie. Pourquoi ne dissèque-t-on pas leurs comportements comme on dissèque ceux des Noirs ou des Latinos?»
Originalité de New America Media: regrouper au sein d’une même plate-forme des articles issus de deux mille titres de tous horizons. Bénéficiant de l’intérêt des annonceurs pour ces nouveaux marchés, New America Média traduit des contenus dans de multiples langues, brasse plusieurs millions de dollars annuels de recettes publicitaires, publie des enquêtes dans de grands journaux nationaux…
La diversité se porterait donc bien dans le monde merveilleux des médias américains? «Au contraire! estime Roberto. La crise de la presse a entraîné une concentration des titres aux mains de quelques firmes. Beaucoup de journalistes se sont retrouvés sur le carreau… En priorité ceux issus des minorités. Les salles de presse des grands médias sont de moins en moins représentatives de la société américaine.»
Pourtant, la dernière élection présidentielle a prouvé que les minorités avaient un poids, y compris dans la presse! «Les partis ont investi des millions de dollars en publicité pour séduire les communautés, confirme Roberto. Les groupes de presse ont compris l’enjeu économique, au point de développer leurs propres titres “ethniques”. Mais ces derniers ne sont généralement que la traduction, dans une autre langue que l’anglais, du contenu des journaux classiques. Ils ne font émerger ni de nouveaux angles ni de nouvelles problématiques… Mais piquent des annonceurs aux petits médias!»
Un ressenti partagé par Vicente de La Cruz, rédacteur en chef de la Raza, hebdo hispanophone de Chicago: «Le monde des médias nous traite de haut. Je n’ai pas l’impression que les dirigeants des grands journaux se posent la question de leur représentativité. Si les lecteurs s’intéressent à nous, c’est qu’ils en ont marre de voir les Latinos traités négativement dans les médias dominants.»
«Les Blancs vivent dans une bulle», insiste Vicente de La Cruz. En créer une autre résout-il le problème? Quand on s’appelle la Raza – «la race» en espagnol… «Ça veut aussi dire “le peuple” en argot mexicain, se défend Vicente, avant d’admettre: nous devons avancer vers une société plus inclusive.» D’où, selon Roberto Lovato, la force de New America Media: «Apporter, par la fédération des regards, une approche multiculturelle.»
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