Bilan du forum Médias-Banlieues que vous avez organisé en septembre 2009 à La Villette (Paris) ?
Journée constructive mais bilan mitigé, malgré beaucoup d’échanges. Point positif : bien que se débattant depuis des années face à la précarité, les médias de quartiers (une trentaine) sont plus que jamais motivés pour travailler et se structurer. Point négatif : la piètre couverture médiatique de ce forum, y compris par les journaux présents. Alors qu’on leur propose un panel de 150 personnes, ils préfèrent donner la parole à des sociologues (issus de l’élite) plutôt qu’aux représentants référents des assos et des médias de quartier… Cela m’interroge sur la capacité de la presse à rendre compte de la voix de 15 millions de Français !
La Charte pour l’amélioration du traitement médiatique des banlieues ?
Elle existe depuis fin 2007 et va prochainement être mise à jour avec de nouvelles propositions. La vocation de ce document est d’évoluer, en fonction des avancées de la société et des médias. Elle a déjà été soumise à certaines rédactions (France Télévisions, Libération, L’humanité) et va l’être à nouveau. A chaque fois, elle soulève des discussions, mais aussi de la méfiance. Les médias sont toujours les premiers à soutenir et à relayer les chartes. Mais lorsqu’ils sont directement concernés, il n’y a plus personne !
Plus de diversité dans les rédactions aidera-t-il à un meilleur traitement des quartiers ?
La diversité dans les rédactions est indispensable. La diversité sociale en particulier. Une pluralité ethnique est nécessaire mais pas suffisante. On peut avoir tous les Harry Roselmack de la terre pour présenter le journal de 20h, si l’information est éditorialisée et synthétisée par des personnes issues de catégories sociales complètement étrangères aux banlieues et qui n’y connaissent rien, Harry Roselmack présentera des infos biaisées. Le jour où l’on s’intéressera au contenu, ça deviendra vraiment intéressant ! Changer le regard sur ce qui se passe dans la société française signifie remettre en cause tellement de tabous, de conservatismes sociaux, économiques, culturels...
Difficultés des médias des quartiers ?
D’abord, financières. Tous les médias de France sont en crise, en termes de financement, de création de contenu, de crédibilité. Ceux des quartiers connaissent de grosses difficultés car ils n’ont pas d’investisseurs. Trop peu de gens s’intéressent à eux. Beaucoup pensent que personne ne lit en banlieue, qu’il n’y a pas de marché pour la presse. Une contre-vérité. On travaille actuellement à la création de financements spécifiques pour les médias des quartiers. Les institutions et les acteurs de la politique de la ville ont pris conscience du potentiel de ces relais d'info de proximité, de l’existence d’une parole claire, objective et argumentée, sur le quotidien des quartiers. Le ministère de la communication et de la culture devrait lui aussi soutenir ce genre d’initiatives.
Ces médias souffrent aussi d’un manque de reconnaissance de leur travail. D’où l’utilité de créer un réseau national, de montrer leur valeur ajoutée : ils forment des journalistes, donnent la parole à un certain nombre de gens qui n’ont pas l’impression d’être représentés par les médias ou les politiques. Ils offrent un travail citoyen et une information de proximité.
L’agence Ressources urbaines a pour objectif de « combler le vide médiatique sur le quotidien des quartiers, et apporter un autre regard sur la banlieue ». L’association Presse et Cité se donne pour mission de fédérer l’ensemble des médias qui travaillent dans les quartiers populaires et d’accroître leur visibilité.























- Réagir aux articles
- Soumettre une contribution¹
- Répondre à un appel à témoignage¹
- Mémoriser un contenu¹
- Participer à un jeu¹
- Participer aux interviews online d′artistes et de personnalités¹
- T′abonner aux podcasts¹
- Et bénéficier de tous les nouveaux services de RespectMag.com
(1) : disponible prochainement