Moyen Orient Religions

Liban : un enseignement à double voix

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3 Février, 2009
Par: Réjane Ereau

L’université Saint-Joseph (USJ) de Beyrouth héberge depuis 1977 un Institut d’études islamo-chrétiennes. Rita Ayoub y coordonne un programme de formation au dialogue inter-religieux, ouvert à tous. Retour sur expérience.

« L’institut a été fondé en 1977 à l’initiative du père Augustin Dupré Latour (jésuite) et du professeur Hicham Nachabé (musulman), au moment où le Liban sombrait dans la guerre entre musulmans et chrétiens, raconte Rita. Son objectif : favoriser la connaissance de l’autre et de ses valeurs. Chaque cours est donné par deux personnes, l’une chrétienne, l’autre musulmane, afin d’apporter un double regard. » Une formation ouverte aux étudiants de toutes confessions et spécialisations, « puisqu’elle permet de prévenir les discriminations dans leur future vie professionnelle. »

Avoir confiance en l’intention de l’autre

Les sessions dont s’occupe Rita depuis 2004 réunissent toutes les semaines , quatre mois durant, une quinzaine de jeunes chrétiens et musulmans, dont des druzes. « Il ne s’agit pas de discourir sur les dogmes, mais de les amener, par le biais de discussions sur des thèmes de la vie quotidienne, à se découvrir, partager leur expérience et voir comment, à travers leurs propres religions et spiritualités, appréhender la vie ensemble, ici, au Liban. »

Point de départ : les préjugés. « Chacun exprime sa vision des autres (parfois celle qu’il croit qu’on a de lui) et à quoi elle est liée. Puis, par la discussion, on essaie de voir si ces perceptions sont fondées. On travaille aussi à améliorer la communication : les conceptions négatives font obstacle au dialogue, car elles créent un doute dans l’intention de l’autre. L’expérience m’a montré que la confiance est un point essentiel. » En parallèle : un éclairage sur les fêtes religieuses et les dogmes, « et notamment sur la présence de l’Autre dans ces dogmes ».

Résultats ? « J’ai appris à ne plus rien attendre, à respecter le rythme de chacun. Nous créons un contexte pour que les gens puissent avancer. A eux ensuite de faire leur chemin. On n’est pas là pour les manipuler ni les pousser, ni même les juger. On n’en a pas le droit ! Mais disons que la plupart du temps, leurs regards changent. » Exemple ? « Je me souviens d’un homme chrétien très remonté contre une fille chiite parce qu’elle ne lui serrait pas la main et qu’elle était voilée. Elle lui a expliqué ce que le voile représentait pour elle, en quoi il n’était pas un signe de soumission mais de spiritualité : elle ne serre pas la main des hommes non apparentés à elle, par désir de se rapprocher de Dieu. Comme il était lui-même très pratiquant, ça lui a parlé... Partager ses émotions est une étape essentielle pour sortir du mode "attaque / défense" et entrer dans l’écoute et la compréhension. Comprendre ne veut pas dire accepter ni juger. Seulement améliorer sa connaissance de l’autre… Et, au passage, de soi-même. »

Revenir à l’individu

Suffisant pour changer les modes de fonctionnement de toute une société ? « Je crois au cheminement personnel. Si le cadre politique est favorable mais que les gens ne sont pas prêts, rien ne changera. Certains disent qu’il est inutile d’agir tant que le contexte n’est pas bon, mais ce contexte, qui le fait ? L’essentiel tient dans la volonté d’avancer. Si je suis une musulmane décidée à côtoyer des chrétiens, je ne dois pas m’offusquer qu’ils servent de l’alcool à un dîner, mais prendre l’initiative d’ouvrir la porte, expliquer ma position, demander qu’au nom de notre relation, ils s’en abstiennent. Je ne dis pas que quand on veut, on peut – si l’autre ne veut pas marcher à mes côtés, je ne peux pas l’y obliger – mais de faire ce qu’on peut à son niveau, sans en attendre davantage. Ça permet d’éviter les frustrations et d’être en paix avec soi-même ! Je crois aussi qu’il faut arrêter de fondre l’individu dans la masse : si l’on a une perception négative d’un groupe, on ne va pas avoir envie de chercher ce qui est beau dans les gens qui le composent. Rencontrer l’Autre permet de découvrir ce qui est beau en lui et, par la suite, dans le groupe auquel il appartient. »

- Site de l’Institut d’études islamo-chrétiennes
- www.hiwar.net

 
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