La première faute, c’est d’avoir posé la question (essentielle du reste, mais au pluriel) des identités, sous l’angle exclusif de la Nation. « Identité nationale » ! Sauf à être aveugle, la question des identités dépasse, depuis longtemps, le cadre étriqué des nations. Barack Obama, que nos politiques célèbrent tant, en est l’incarnation même : père kenyan, mère américaine, une sœur indonésienne….
La deuxième faute tient du bon sens. Comment ouvrir un débat de cette ampleur et de cette complexité sans en fixer l’objectif. Pourquoi ? Où va-t-on ? Qu’est-ce qui est recherché en termes d’action politique ? Comment créer un espace qui rassemble pour échanger et construire ? Comment, à partir de là, exprimer des différences et des divergences ? Comment donc « débattre » sérieusement sans ces préalables ?
L’argument d’Eric Besson sur « la vertu du débat » est si léger et court… qu’il est une troisième faute en soi ! Déclarer que « parler libère les pulsions racistes» est une insulte à la démocratie et… à la psychologie. Cela illustre une absence de pensée qui, sur un terrain aussi glissant, devient de l’irresponsabilité. Un feu vert aux dérapages et, parfois, à des déchaînements de haine auxquels on assiste.
Quatrième faute : la volonté affirmée de codifier – de cloîtrer, de figer – «l’identité ». Alors que, comme le rappelle justement, l’historien François Durpaire : « l’enjeu de la société contemporaine, c’est de permettre à l’individu de choisir ses identités. L’identité ne doit pas être prescrite, mais choisie donc laissant la place à la différence. »
Cinquième faute : la posture d’exaltation du sentiment national. Fierté, amour, Marseillaise… Pourquoi diable engage-t-on toujours ce débat sur un pathos qui exclue plus qu’il ne rassemble… La passion du débat oui ! Le débat des passions, non. L’émotion est le lieu du non-débat absolu. Tant elle altère la capacité de discernement et de distanciation.
Sixième faute : la confusion et l’amalgame (burqua, islam, drapeaux étrangers, immigration…) entretenus par l’absence coupable de cadre clairement établi et de contenu exigeant. Il faut se donner les moyens de débattre. On ne peut élaborer seul, dans la tour de son ministère, un débat national ! Ainsi, le questionnaire proposé est un anti-modèle de méthodologie, et les réponses sont toujours contenues dans les questions posées. Chercheurs, associations, enseignants (…) auraient dus être largement consultés pour élaborer une méthodologie et pouvoir lancer une véritable dynamique. A titre d’exemple, les ouvrages «recommandés » sur le site d’Eric Besson montre déjà la ligne suivie par le ministre, l’espace réduit offert au « débat » et les idéologies qui l’induisent.
Enfin, la septième faute, c’est de poser unilatéralement ce débat. Comme si rien n’existait avant. Comme si personne n’avait pensé ces questions depuis des décennies. Eric Besson n’a pas inventé le débat sur les identités, sur la France, sur le lien entre passé et présent. Elles traversent et agitent une bonne frange de la société civile. La Couverture fondatrice du numéro 0 de Respect Mag (en 2003 !) s’intitulait « Questions d’identités ». En janvier prochain, nous lançons, avec Lilian Thuram, Marc Cheb Sun, Pascal Blanchard, Rokhaya Diallo et François Durpaire, un manifeste (« Appel pour une France multiculturelle et post-raciale, suivi de 100 propositions pluricitoyennes). En espérant, cette fois, créer un véritable débat : fait de propositions, de questionnements, d’échanges, d’actions concrètes et ouvertes sur le monde !





















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