Le revers des statistiques ethniques

Dim, 01/03/2009
Par: Réjane Ereau

 

Au pays du vote ethnique, on ne cesse de classifier les gens selon leur origine. Mais beaucoup d’Américains ont du mal à rentrer dans les cases des sondeurs.

 

On l’a dit et redit: les minorités ont pesé dans l’élection de Barack Obama. Peut-on affirmer pour autant qu’il existe un vote ethnique? À quelle réalité correspond ce genre de statistiques? «C’est une question cruciale, estime Kenneth Prewitt, professeur à l’université de Columbia, ancien directeur du bureau de recensement américain. Compter est une nécessité, pour que chacun ait le sentiment de faire partie de la “photo de famille”. Mais il faut savoir si ces classifications sont pertinentes; au service de quel objectif existent-elles?»

 

Les catégories demandent aux votants de se définir comme Blanc, Noir, Asiatique, ou Hispanique. «Pourtant, d’un État à l’autre, les communautés latinos ne partagent ni la même histoire ni les mêmes problèmes, donc pas les mêmes critères de vote, commente Dario Moreno, directeur d’études en sciences sociales à l’université internationale de Floride. En Floride par exemple, les Cubains votent à 80% républicains, alors que les Portoricains sont à 60% démocrates. Globalement, la communauté hispanique de Floride vote plus républicain que dans les autres États, car son niveau de vie est supérieur.» Certains thèmes, pourtant, fédèrent les électeurs latinos. «Tous sont favorables à une politique libérale en matière d’immigration.»
«Aujourd’hui, indique Kennett Prewitt, le rapport à l’identité individuelle se complexifie: des gens d’origine espagnole ne se reconnaissent pas dans la notion d’Hispanique. On peut être hispanique et noir, hispanique et blanc. Des Noirs chrétiens, descendants d’esclaves, s’offusquent d’être dans la même case que des migrants africains musulmans. Des Blancs d’origine grec­que disent ne rien avoir à faire avec les Anglo-Saxons. Les Arabes-Américains veulent légitimement être comptés, mais selon quel critère: ethnie (Arabe) ou provenance (Moyen-Orient)? Pour bien faire, il faut revenir à l’objectif: se demander à quoi vont servir ces statistiques, au service de quelle politique de justice sociale?»
 
À l’horizon, compétition raciale ou coalition arc-en-ciel? «Aux États-Unis, même les gangs multiraciaux se développent; c’est le signe d’un changement de société!» Pourtant, moins de 3% de la population américaine déclare appartenir à plusieurs races: «Peut-être parce que ce choix n’apparaît pas encore clairement dans les formulaires de recensement. L’élection d’Oba­ma risque de changer la donne… Mais certains lobbies n’ont pas intérêt à ce que le nombre de groupes ethniques se multiplie, pour ne pas voir leurs rangs se dépeupler, donc leur pouvoir diminué.»
 
 
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Article paru dans
Numéro 21
Mars - Avril - Mai 2009

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