Son truc ? Farfouiller, écouter, mélanger. « En Amérique du Sud, quand tu dis que t’es DJ, les gens pensent automatiquement que tu vas passer de l’électro... Et moi je déboule avec ma musique orientalo-tzigane ultra-festive ! »
Son public ? Curieux de tout poil. « Des gens à la recherche de sons nouveaux, qui changent des trucs commerciaux. Et aussi de musiques porteuses d’un message... Tu vois, pour moi, faire une session devant 10 000 personnes, ça n’a pas beaucoup d’intérêt. Mon plaisir, c’est qu’on vienne me demander : cette musique, ça s’appelle comment ? cet artiste, il vient d’où ? C’est gratifiant. »
Son credo ? Le XXI° siècle sera métissé ou ne sera pas ! « Les
frontières, les clans, tout ça ne devrait plus avoir de sens. La musique dépasse les clivages et permet aux cultures de voyager. Les rythmes fusionnent, les langues aussi… Quand je passe des mélodies algériennes en Colombie ou en Argentine, les gens deviennent fous ! Ils adorent voir une porte s’ouvrir sur d’autres univers. Idem quand tu mets des musiques latinas en Europe ! Un échange permanent, un enrichissement constant. »
Sa mission ? Ouvrir, ouvrir, ouvrir. « Raï, gnawa, cumbia, salsa... Tout le monde peut apprécier. Tout est question d’apprentissage. Que vivent les musiques du monde ! »
QUARTIER LIBRE
Février 2008, DJ Karim est en tournée avec sa Caravana Gitana en Amérique latine. Venezuela, Argentine, Chili... Pour Respect mag, il livre quelques impressions, jetées sur le papier quelques semaines plus tôt.
Voyage après voyage... La route... La rumba... La chaleur et l’énergie qui débordent de partout ! Beaucoup de policiers, beaucoup de militaires... Forces de l’ordre, bien présentes !
A voyager du Nord au Sud et d’Ouest en Est, on se rend compte que la société latino-américaine est très divisée, tant économiquement que socialement. Certains ont l’air de vivre comme des princes, parfois même comme des rois... Et à 200 mètres de là, tombe un voile de misère venu du plus noir de l’enfer. Malgré tout, ils sont heureux, je l’ai ressenti dans chaque pays traversé. Une des surprises de ce beau continent ! Un continent inondé de gens jeunes, désireux de faire bouger les choses... Tout le contraire de la vieille Europe, où la natalité est en déclin, où le conservatisme et le rejet de l’autre (mouton noir au pays des blancs) gagnent peu à peu !
Impossible de ne pas voir que ce peuple est en mutation, en transition. Regarde le Venezuela. Quoi qu’on pense de ce qui est en train de s’y passer, on ne peut nier que le moment est historique. Les choses bougent, et tout changement demande du temps... Sur le terre natale de Simon Bolivar (1), Hugo Chavez fait sa petite révolution. Homme du peuple, figure de prou du socialisme latino-américain, il fait parfois des erreurs... mais qui n’en ferait pas, vu la tâche à accomplir ? En passant par la Bolivie, j’ ai aussi assisté à l’ascension d’Evo Morales... Quel pied de voir les peuples unir leurs forces, de sentir ce continent à un tournant, de constater à quel point l’Amérique latine est jeune et a du potentiel !
L’Europe en revanche... A l’heure où j’écris ces lignes, j’apprends à la télé que l’Espagne commémore l’anniversaire de Franco. Comment peut-on avoir envie de célébrer un dictateur ?
(1) Homme politique du XIX° siècle, figure emblématique de l’émancipation des colonies espagnoles d’Amérique du Sud






















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(1) : disponible prochainement