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Latitudes : jeunes artistes d'outremer à l'honneur

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15 Septembre, 2009
Par: Aurélia Blanc

Presque un rendez-vous. Chaque année depuis 2002, l’exposition Latitudes s’invite à l’Hôtel de Ville de Paris. Jusqu’au 16 octobre, elle met à l’honneur “la diversité et la vitalité de la création artistique” des outremers. Coup de projo sur dix artistes, réunis en expo collective.

Des graffs de Kreativ Concept aux sculptures de Duvier Del Dago en passant par les dessins et photos de David Gumbs, Latitudes 2009 met en lumière des oeuvres originales, loin de tout formatage. Lien entre ces créateurs? “Ce sont tous de jeunes artistes, souligne Régine Cuzin, commissaire de l’exposition. Une chose (très) rare dans le monde de l’art contemporain. 

Egalement loin des clichés : les thèmes abordés. “Lorsqu’on parle des artistes d’outremer, on attend qu’ils présentent des palmiers ou des vahinés, ou bien qu’ils parlent d’esclavage, de colonialisme et d’identité, regrette Régine Cuzin. Un ghetto artistique dans lequel ces artistes n’ont pas l’intention d’être enfermés! “Ils parlent de leur imaginaire, souligne la commissaire. Parfois avec humour et dérision, comme en témoignent les travaux de Gabrielle Manglou. Ils n’évoquent ni colonialisme ni esclavage, ou alors de façon éludée, plus légère. Même s’ils n’occultent pas ces questions, on sent une volonté de dire autre chose, de s’inscrire dans une universalité”.
 
Monica Ferrera, par exemple, interroge le pouvoir des images sur notre imaginaire, en particulier chez les enfants des classes défavorisées. Le cubain Duvier Delgado, lui, cherche à confronter l’homme à lui-même à travers ses sculptures en fils de coton. Des œuvres et des artistes qui méritent d’être connus. “Il n’y a pas de marché de l’art en outremer, rappelle Régine Cuzin, mais un intérêt du marché de l’art pour l’outremer! C’est bien la question : sur ces petites îles, il n’y a pas ou peu de galeries”. Pas toujours simple donc d’être artiste, de transporter des oeuvres ou de faire venir mécènes et acheteurs, quand on habite à 22h d’avion de la métropole!
 
D’où l’intérêt de Latitudes. “Suite aux précédentes éditions, certains artistes ont monté des projets ensemble, certains ont été invités à la Biennale de Venise”, raconte l’organisatrice. Autre point fort, Latitudes aime voyager. Après Paris, l’expo s’envolera vers d’autres horizons. Prochaine étape? “L’école des Beaux Arts de Besançon, confie Régine Cuzin. Après nous verrons bien… Pour l’instant, je m’occupe encore de l’itinérance de la dernière édition. Après Nouméa, La Havane, le Panama, elle sera en novembre en Guadeloupe puis à la République Dominicaine”.

GROS PLANS
 
KREATIV CONCEPT – Teata et Tehapa Vauche (Polynésie Française)
 
- Beaucoup croient que le graffiti est un truc de voyous. On a créé une asso pour que les jeunes puissent travailler et s’exprimer sans que la police soit derrière eux! C’est toujours difficile, mais petit à petit, ça se met en place. On essaye de faire naître un mouvement. On insère des éléments polynésiens, comme le tribal, les tikis (dieux polynésiens), la danse, la sculpture, les tatouages. Dans notre collectif, chacun a sa spécialité : décor, lettrage, personnages… Nous avons peint la première partie de la fresque exposée à Latitudes à Tahiti, à six ; la deuxième à Paris: une façon d’être tous présents. Notre message: la Polynésie existe dans le graff !
 
YOHANN QUËLAND DE SAINT PERN (La Réunion)
 
- J’identifie des actions que j’ai envie de mener, comme traverser un pont le plus lentement possible ou marcher à reculons dans un désert. Il s’agit souvent d’un mouvement, d’une promenade, d’un geste absurde ou décalé. Vient ensuite l’idée de la filmer. L’oeuvre que je présente à Latitudes est un ensemble de portraits vidéo de Gramoun’ (des personnes âgées qui habitent un quartier précis de St Benoît). J’ai enregistré leurs témoignages, puis je les ai filmés en train d’écouter leurs paroles les yeux fermés. Résultat : une installation de neuf portraits, à travers laquelle le public peut circuler. Je voulais créer une image du souvenir. Quelque chose d’assez expérimental, une tension entre le son et l’image.
 
GABRIELLE MANGLOU (La Réunion)
 
- Je vois les choses de manière assez primitive, poétique. Ma première installation, Vaudou Big Band, présente des formes entre l’organique et le végétal. On ne sait jamais si ce sont des organes, des fleurs, des fruits. Lorsqu’on regarde quelque chose, on n’est jamais très sûr, toujours en train de se balader entre ce qu’on sait des choses, et notre univers personnel. Il y a toujours un côté décalé, de l’ordre du pile ou face. On ne sait jamais si c’est drôle ou pas, dangereux ou non. En général, il y a plusieurs sens de lecture. On peut en saisir la face ludique comme celle plus grave, qui évoque les difficultés de la vie.
 
DAVID GUMBS (Guadeloupe)
 
- J’ai une démarche assez hybride de peintre, plasticien, photographe, poète. Je travaille aussi beaucoup sur Internet, avec des tableaux interactifs. Dans le cadre de Latitudes, je présente un dessin mural, qui fait partie de ma démarche « d’archéologie mentale ». Les photos présentées sur l’installation font partie d’une série nommée « Ecorché », jeu de mot entre écorce et écorché. Jusqu’à maintenant, mes créations renvoient beaucoup au vivant, au cycle de la vie, aux questionnements sur l’origine. Au fil de mon travail, des formes se dessinent ; ce sont souvent des accidents provoqués, issus d’errances au Japon, à Saint-Martin, à la Martinique…

STEPHANIE WAMYTAN (Nouvelle-Calédonie)

- Je détourne des objets traditionnels, en leur donnant un aspect plus contemporain. Sur les bambous, qui véhiculent habituellement des éléments tribaux de la culture kanak, j'ai reporté des scènes érotiques. Une façon de traiter de la sexualité sur un élément traditionnel, sans pour autant y manquer de respect. J'ai aussi travaillé sur la « robe mission », un signe identitaire fort de la culture calédonienne. J'ai créé des robes sur lesquelles j'inscris des motifs (billet de banque calédonien, reprise du drapeau indépendantiste kanak). D'origine kanak, je vis à l'occidentale : je puise dans le traditionnel pour en ressortir une réponse plus contemporaine. C'est ma façon de revendiquer mon identité.

 

 

 

 

 

 

 
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