Des graffs de Kreativ Concept aux sculptures de Duvier Del Dago en passant par les dessins et photos de David Gumbs, Latitudes 2009 met en lumière des oeuvres originales, loin de tout formatage. Lien entre ces créateurs? “Ce sont tous de jeunes artistes, souligne Régine Cuzin, commissaire de l’exposition. Une chose (très) rare dans le monde de l’art contemporain.
GROS PLANS
- Beaucoup croient que le graffiti est un truc de voyous. On a créé une asso pour que les jeunes puissent travailler et s’exprimer sans que la police soit derrière eux! C’est toujours difficile, mais petit à petit, ça se met en place. On essaye de faire naître un mouvement. On insère des éléments polynésiens, comme le tribal, les tikis (dieux polynésiens), la danse, la sculpture, les tatouages. Dans notre collectif, chacun a sa spécialité : décor, lettrage, personnages… Nous avons peint la première partie de la fresque exposée à Latitudes à Tahiti, à six ; la deuxième à Paris: une façon d’être tous présents. Notre message: la Polynésie existe dans le graff !
- J’identifie des actions que j’ai envie de mener, comme traverser un pont le plus lentement possible ou marcher à reculons dans un désert. Il s’agit souvent d’un mouvement, d’une promenade, d’un geste absurde ou décalé. Vient ensuite l’idée de la filmer. L’oeuvre que je présente à Latitudes est un ensemble de portraits vidéo de Gramoun’ (des personnes âgées qui habitent un quartier précis de St Benoît). J’ai enregistré leurs témoignages, puis je les ai filmés en train d’écouter leurs paroles les yeux fermés. Résultat : une installation de neuf portraits, à travers laquelle le public peut circuler. Je voulais créer une image du souvenir. Quelque chose d’assez expérimental, une tension entre le son et l’image.
- Je vois les choses de manière assez primitive, poétique. Ma première installation, Vaudou Big Band, présente des formes entre l’organique et le végétal. On ne sait jamais si ce sont des organes, des fleurs, des fruits. Lorsqu’on regarde quelque chose, on n’est jamais très sûr, toujours en train de se balader entre ce qu’on sait des choses, et notre univers personnel. Il y a toujours un côté décalé, de l’ordre du pile ou face. On ne sait jamais si c’est drôle ou pas, dangereux ou non. En général, il y a plusieurs sens de lecture. On peut en saisir la face ludique comme celle plus grave, qui évoque les difficultés de la vie.STEPHANIE WAMYTAN (Nouvelle-Calédonie)
- Je détourne des objets traditionnels, en leur donnant un aspect plus contemporain. Sur les bambous, qui véhiculent habituellement des éléments tribaux de la culture kanak, j'ai reporté des scènes érotiques. Une façon de traiter de la sexualité sur un élément traditionnel, sans pour autant y manquer de respect. J'ai aussi travaillé sur la « robe mission », un signe identitaire fort de la culture calédonienne. J'ai créé des robes sur lesquelles j'inscris des motifs (billet de banque calédonien, reprise du drapeau indépendantiste kanak). D'origine kanak, je vis à l'occidentale : je puise dans le traditionnel pour en ressortir une réponse plus contemporaine. C'est ma façon de revendiquer mon identité.





















