« Notre objectif est de développer notre art, d’apporter une touche de dynamisme à notre île et de montrer aux esprits encroûtés que le graffiti peut être accessible à tous et embellir notre fenua (1), explique Cher1, membre fondateur du collectif – récemment rebaptisé The Mao’hi Kingz. Les élus font mine d’accepter le graff pour plaire aux nouvelles générations, mais globalement, c’est encore répression, effacement massif et aucun mur à disposition. On a créé une asso pour permettre aux jeunes de travailler et de s’exprimer sans avoir les flics sur le dos. »
Graphiste, tatoueur, ébéniste, décorateur, consultant en environnement, vendeur de spray, artiste sans emploi… Huit gars (pas de filles) décidés à faire passer le message : la Polynésie existe dans le graff ! En axant leur travail sur l’originalité et la qualité : « Pas question de se contenter de pomper tel ou tel bouquin, ni de se prendre pour une caille dès qu’on a fait trois fat caps ! Notre envie : développer un style proprement polynésien. » A coup de vahinés et d’ukulélés ? « Cela peut paraître un moyen facile de nous différencier, mais c’est vraiment le reflet de notre société : ici, les gens portent des fleurs à l'oreille même avec un skullcandy sur la tête ! L’incorporation d’éléments tribaux correspond aussi à notre culture. Graphiquement, ils offrent une infinité de symboles et de compositions, dont il serait dommage de se priver. »
Avec quelle reconnaissance ? « Sur l’île, seule la galerie Winkler joue le jeu. On finance l’asso grâce à des plans déco et l’organisation de performances. On vend aussi parfois des œuvres à des entreprises ou des particuliers… » Côté métropole, « à part nos connexions à Nice, Grenoble et Toulouse, on n’a pas l’impression de faire partie du graff français. En fait, on est plus porté sur l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Californie. Des territoires géographiquement plus proches, où les gens kiffent notre culture et sont heureux de peindre avec nous. A Paris, des événements comme Latitudes (2) permettent de donner un coup de point dans les clichés sur la Polynésie », mais il faudrait inciter les professionnels de l’art à aller un cran plus loin : « Arrêtez les expos de la préhistoire et envoyez la sauce ! »
(1) Mot tahitien signifiant « terre, pays ». (2) Exposition mettant à l’honneur de jeunes artistes d’outremer. Tous les ans à l’Hôtel de ville de Paris.



























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(1) : disponible prochainement