Créativité, accessibilité, diversité : la France est en retard sur tout ! La télévision anglaise a notamment compris depuis longtemps qu’il fallait entrer dans une logique d’événements, de séries courtes. En France, quand on tient un truc à succès, que ce soit un jeu ou une fiction, on l’exploite pendant quinze ans ! Regarde Navarro, Motus, Julie Lescaut… Du coup, impossible de mettre des nouveautés à l’antenne : pas de place ! Cet immobilisme sclérose la créativité et le contenu des programmes. TF1 et M6 commencent à s’y mettre, mais France Télévisions est très en retard. Notre service public tourne autour du pot, ne sait pas ce qu’il veut. En comparaison, les chaînes privées sont plus dynamiques. Pour Le plus grand quiz de France, TF1 a accepté que les participants ne soient pas choisis sur casting. Du coup, on a attiré des gens de tous âges, toutes conditions sociales et toutes origines culturelles. Et pas mal de jeunes des quartiers, grâce à la mobilisation de la Fondation TF1... Alors que la diversité est une préoccupation permanente pour la société anglaise, chez nous, on a du mal à admettre que le mérite ne suffit pas, que certains « moins bien nés » ont besoin d’un coup de pouce volontariste pour exister à l’antenne. On devrait exiger des producteurs de rendre compte de leurs actions en matière de diversité !
La culture anglo-saxonne privilégie l’action et l’expérimentation. Ils sont toujours à la recherche de nouvelles choses à tenter, à tester. Exemple : après l’élection d’Obama, la BBC a lancé The speaker, destiné à identifier, parmi des jeunes de quartiers populaires représentatifs de la diversité britannique, le meilleur orateur. Un chouette programme, dont les participants ont été coachés puis envoyés au Malawi rencontrer des jeunes de leur âge, puis tâcher de défendre leur cause. On aimerait en faire une version française, mais ça traîne en longueur... On essaie aussi d’adapter un programme nommé The big read, pour ramener les gens à la lecture, mais ça avance à reculons. Avec le service public, tout est compliqué, ils veulent nous imposer un de leurs animateurs-producteurs…
La BBC entretient une relation plus forte à ses spectateurs. Elle a par exemple mené une étude sur la manière dont la population d’origine asiatique se sentait représentée à l’antenne (quantitativement et qualitativement), puis lancé des actions pour combler les déficits. La BBC a également rendu obligatoire la présence de représentants des minorités dans ses conseils consultatifs régionaux de téléspectateurs, afin de favoriser l’expression de la diversité et nourrir la réflexion sur ses productions. La France devrait s’en inspirer !
Les Anglais n’ont pas d’état d’âme à développer des contenus ciblés, autour d’un groupe d’individus ou d’un phénomène de société – ce qui ne les empêche pas, en parallèle, de favoriser la diversité de manière plus transversale. S’il faut un programme autour de la question des ados qui tombent enceintes à quinze ans, ils le feront ! Devant l’engouement pour les chorales, la BBC a par exemple lancé un jeu mettant en compétition des chœurs de toutes sortes – gay, gospel, étudiantes, traditionnelles… Au départ, ça peut paraître corporatiste, mais, au final, ça donne une super image de la diversité de la société, fédérée par une passion commune.
Les recrutements sont ouverts et les personnels formés. A la BBC, lorsqu’un poste est à pourvoir, l’offre est diffusée systématiquement en interne et en externe. Nous sommes tenus de recevoir plusieurs candidats, et d’être deux pendant les entretiens. La chaîne doit également présenter un rapport annuel sur sa politique RH devant l’équivalent britannique du CSA. On devrait instaurer la même chose en France, pour couper court aux pratiques d’embauche par cooptation, dépourvus de transparence, et inciter les patrons de chaîne à réfléchir à leurs pratiques en matière de recrutement et d’avancement. Si les jeunes de milieux modestes voyaient passer des annonces via Internet ou le Pôle Emploi, ils penseraient davantage que le monde des médias leur ait ouvert ! A la BBC, chaque nouvel employé est formé pendant une demi-journée à l’éthique de la chaîne : ne pas travestir la réalité, être le reflet de la société et de ses problématiques, être équitable, favoriser la diversité… Le système français favorise le formatage et la reproduction sociale, au détriment de l’originalité, la créativité, les idées... J’ai suivi cette formation à Londres ; je la donne désormais à tous nos collaborateurs français.
























- Réagir aux articles
- Soumettre une contribution¹
- Répondre à un appel à témoignage¹
- Mémoriser un contenu¹
- Participer à un jeu¹
- Participer aux interviews online d′artistes et de personnalités¹
- T′abonner aux podcasts¹
- Et bénéficier de tous les nouveaux services de RespectMag.com
(1) : disponible prochainement