Lorsqu’un jeune rencontre l’histoire de la traite négrière, de l’esclavage, de la colonisation, qu’il en vienne ou non, le choc est violent. D’ailleurs, qui en vient?
Nous tous, tout bêtement... Nous tous, c’est-à-dire le monde. Ces pays lointains où le français est un butin de guerre*, cette France aux racines multiples qui bourgeonnent en bougonnant, cette Europe repliée sur elle-même et plurielle de mauvais gré, cette Sud-Amérique amérindienne, métisse, noire et latine, cette Nord-Amérique qui parfois reproduit jusqu’à la caricature ce que ses pionniers ont fui de la vieille Europe intolérante, cette Afrique tronçonnée en nations stupéfaites, ce Maghreb énigmatique et ambigu, et même l’Asie, oui, l’Inde, la Chine et Java, dont les pauvres et les persécutés s’engageaient pour les plantations des Caraïbes et de l’océan Indien.
Entrechocs de sorts funestes, ces traites, déportations, migrations se sont heurtées à l’impitoyable voracité de l’économie coloniale et, dans le contact mystérieux des êtres, le jaillissement improbable des amours, elles ont fécondé des peuples inattendus, des religions syncrétiques, des langues métissées, des cultures flamboyantes, des esprits curieux, une littérature audacieuse, un monde refiguré pour le meilleur et pour se dire.
Les enfants de France qui font arc-en-ciel n’habitent pas par effraction la communauté nationale. Leur destin ne saurait être de désolation. Leur présent se refuse au naufrage. Ils ne versent pas de larmes, ne tolèrent pas d’insultes. Ils n’ont pas besoin de compassion ni de ressassement. Commémorer, c’est faire mémoire ensemble.
La vérité pour tout dire. La justice pour faire sens. Et pour le reste, l’égalité des droits. Ne pas se sentir nus, ne céder ni au désenchantement ni aux intimidations, surtout, ne pas déguerpir devant le réel, ne pas se laisser voler son destin.
Nulle esquive, nulle chimère. Ils sont là et légitimes à être. Ils rêvent que se mêlent les mains et les cœurs pour façonner le destin commun. Ils exigent simplement RESPECT.
Christiane Taubira, députée de Guyane
* Expression de Kateb Yacine
Texte publié dans Respect 10 - 2006






















Abolition de l'esclavage
Abolition de l'esclavage ?
Moi j'en vois plein les rues de nos villes. Elle viennent d'Afrique, d'Europe de l'Est et de tous les pays pauvres. Esclaves encore avilies par le silence des uns et les péroraisons des autres. Comment commémorer des esclaves mortes il y a plusieurs siècles alors qu'à la minutes même où on le fait des femmes prostituées sont réduite à l'esclavage du sexe dans notre plus grande indiférence ?
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