France Musique

La Caution : esprits libres !

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1 Juillet, 2007
Par: Réjane Ereau

On les avait à l’œil, l’occasion fait le larron : Respect Mag interroge Nikkfurie et Hitekk, les frangins de La Caution. Verdict : qualité des textes et des compos, justesse de l’attitude et du propos.

La Caution rend visite aux gens & des gens revisitent La Caution est un album de remixes. Un moyen d’élargir votre public ?

Ce CD est avant tout destiné à nos fidèles. Les artistes sollicités ne sont pas forcément des proches : on connaissait leur travail, on savait qu’on se comprendrait cash. L’idée était de faire appel à des musiciens qui puissent apporter une touche nouvelle à chaque titre : rock avec Enhancer, hip hop ou électro avec d’autres...

Cet éclectisme, c’est votre marque de fabrique ?

Quand t’achètes un CD, tu sais souvent ce que tu vas entendre : tous les morceaux se ressemblent. Pas avec La Caution. Ç’a d’ailleurs joué en notre défaveur auprès des maisons de disques : les mecs attendaient « wesh wesh cousin »… Raté ! Ils ne parvenaient pas à nous classer. Et en venaient à s’interroger sur ce qu’ils pensaient aimer ou pas.

Dans vos textes et vos compos, on sent cette recherche, cette volonté d’échapper aux formats.

On est des puristes de musique. De vraies encyclopédies du rap, du premier underground new-yorkais à nos jours ! On a aussi été marqués par d’autres trucs : le hard rock qu’écoutaient certains potes à l’école, les tubes new wave du Top 50, les vinyles de musique orientale et de country de notre daron… Pour construire un son qui te correspond, tu dois utiliser ces influences, les revisiter pour innover. Malheureusement, comme les gens n’écoutent plus que des singles, ce background se perd. Notre ambition, c’est d’arriver à ouvrir leurs horizons. Proposer une musique populaire pointue.

Certains qualifient votre rap d’alternatif…

Peut-être à cause de notre côté électro. Dès le départ, on a créé une brèche. En 1999, on passait pour des extra-terrestres. Aujourd’hui, tout le monde s’y met ! Peut-être aussi grâce à notre public : des gens de tous horizons, qui n’écoutent pas que du rap, qui ne sont pas venus à La Caution par mimétisme, mais par intérêt pour notre musique.

D’où votre proximité affichée à TTC, dont l’univers est différent du vôtre ?

Nous sommes amis depuis longtemps. Artistiquement, bien qu’on n’évolue pas dans le même sens, on apprécie leur volonté d’innover. Ils sont parisiens, on vit en Seine-Saint-Denis, forcément nos morceaux ne racontent pas la même chose. Tes textes parlent de toi, pointent certains problèmes. Mais bomber le torse, à travers tes titres, parce que t’habites une cité, c’est ridicule ! On fait ce métier par amour de la musique, pas pour montrer d’où l’on vient.

Le genre de posture qui sclérose le rap français ?

C’est le public qui veut ça : des ados que la figure de racaille fait kiffer. Avec leur soi-disante insécurité, les médias ont renvoyé à ces mômes une image qu’ils ont fantasmée. Quand t’animes des ateliers, les petits te la jouent « je vends du shit et je t’encule », mais tu sais que c’est de gentils garçons. En vieillissant, tu réalises que la taule peut rendre fou, que la délinquance est un drame, que le ghetto n’a rien de sexy.

L’industrie musicale s’est gaminisée ?

Absolument. On nous inonde de produits commerciaux, au détriment de choses plus recherchées. Alors qu’il y a des milliers de groupes de rap en France, seulement cinq sont visibles. Avec une préférence pour ceux qui collent au politiquement correct du moment. Soigner son image, lutter avec les mêmes armes que Natasha Saint-Pier pour valoriser une musique de qualité, ok. S’en servir pour embellir un truc pas terrible, non. Cette évolution ne concerne pas que le hip hop : la musique française, dans son ensemble actuellement, n’est pas terrible. Que se passe-t-il de nouveau dans le rock, la pop ou la chanson ? Beaucoup sont là pour se la jouer, ils n’en ont rien à foutre de bien écrire, créer, avancer.

Nikkfurie, tu as produit plusieurs rappeurs. Envie de t’attaquer à des genres différents ?

À fond ! Je travaille déjà avec des artistes qui n’ont rien à voir avec le rap, mais souhaitent innover. Dans notre dernier album, j’introduis avec Mai Lan une nouvelle manière de chanter chez les meufs (revival très moderne du Buffalo Stand de Neneh Cherry). Dans cette veine, on prépare un disque mêlant à l’univers de Mai Lan une vibe électro. Je rêve aussi de remixer Modern Lovers, des rockeurs des années 70 dont j’adore l’harmonie, les mots (à la fois hyper simples et hyper justes) et le flow. Vu ce qui cartonne aux USA, la pop française va forcément s’ouvrir à nos sonorités. À la clé : la reconnaissance de notre musique et de notre savoir-faire.

Vous pensez toujours que le message passe après le beat et le flow ?

Un titre séduit d’abord par sa mélodie ! L’intérêt d’un texte est subjectif : si j’étais né dans un quartier bourgeois, Bénabar me toucherait peut-être… Bien écrit, bien exprimé, le message est un plus, mais il ne doit pas servir d’excuse à des compos pourries. Ce n’est pas parce que tu parles de ta cage d’escalier que t’as un talent musical ! À la télé, on invite les rappeurs parce qu’ils portent un discours ou vendent 200 000 singles, pas pour parler de leur album. T’as vu 50 Cent sur un plateau ? Il n’est ni caillera, ni intelligent, il répond oui, non, simplement. S’exprimer sur des questions de société ne doit pas occulter ton travail artistique.

D’où la volonté de ne pas enfermer La Caution dans une posture militante ?

Imagine un député surpris dans une boîte échangiste : même s’il fait bien son taf, tu te dis « c’est une honte » ! Pour ne pas donner l’impression d’être H24 dans la revendication, on s’autorise tout, du morceau hyper conscient au titre le plus délire. Afin de coller au plus près de notre personnalité, dans sa globalité.

 
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Article paru dans
Numéro 15
Juillet - Août - Septembre 2007
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