L’exercice était compliqué : reprendre en main le débat sur l’identité nationale car il dérape. Eric Besson, ministre de l’immigration et grand ordonnateur du débat, l’avoue même au détour d’une phrase : «Le débat nous échappe parfois en bien, parfois en mal ». Mais, ce n’est pas le chef de l’Etat comme prévu qui s’y est collé mais plutôt le Premier ministre.
François Fillon, dans un discours long et lyrique, a tenté de resituer le débat sur l’essentiel, selon lui. Il est d’abord revenu sur sa nécessité : « nous avons interpellé les Français sur l’essentiel : qu’est-ce que la France au XXIème siècle ? Quelles sont nos valeurs communes ? Qu’est-ce qu’être Français ? L'abondance des contributions, quelles qu'elles soient, ne doit choquer personne. Ce qui compte c'est d'écouter ce que le peuple a à dire, et d'en tirer des conséquences. C'est un débat qui n’est ni de droite, ni de gauche.
 La France est notre bien commun, et chacun a le devoir de s’interroger sur la meilleure manière de mieux aimer et de mieux servir notre pays ». Puis François Fillon, très en verve, s’est lancé dans une mise en garde : « refuser ce débat, c’est laisser le champ libre aux extrémistes, eux, dont justement le succès repose sur la prétendue faiblesse de notre sentiment national.
 Et c’est aussi baisser notre garde devant tous ceux qui contestent les fondements de la République. Certains ont pourtant rejeté d’emblée le principe même de ce débat.
On nous a soupçonnés d’instrumentaliser la question nationale, comme si cette question n’était pas lancinante, et cela depuis longtemps ! »
Certes mais encore faudrait-il que la France accepte la remise en cause ? C’est là toute la substance du témoignage délivré par Tidjane Thiam, co-auteur de l’ouvrage sur le thème cordonné par l’Institut Montaigne et directeur général de Prudential, l’une des plus importantes compagnies anglaises d’assurances. Sobre et émouvant, ce brillant polytechnicien, à travers son histoire personnelle a raconté comment sous prétexte d’égalité républicaine, la France renvoie dos-à-dos tout le monde, ceux qui ont plus comme ceux qui ont moins. «Il faudrait redéfinir le concept d’égalité ! Traiter tout le monde de la même manière dans une société homogène, c’est la définition de l’égalité. Traiter toute le monde de la même manière dans une société hétérogène, c’est la définition même de l’injustice car tout le monde n’a pas les mêmes besoins ». Il sera vivement appuyé par Jeannette Bougrab, maître de conférences en droit public et militant de l’Ump. Elle a plaidé pour l’affirmative-action, ne comprenant pas le tabou républicain sur le sujet. «L’affirmative action existe déjà dans nos textes. La parité, c’est quoi ? il y a juste un socle non-négociable : la laïcité, l’égalité et la liberté. Pour moi, femme de culture arabo-musulmane, être française, c’est placé ma liberté au-dessus de tout ! »
Face à l’exigence d’action, souvent exprimée, Eric Besson lâche une laconique formule en guise de réponse : « amoureux du concret, ne vous inquiétez pas ! Débattons d’abord ! »
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