Juin 2009. Xavier Darcos, alors ministre de l’Éducation, lance un module d’e-learning contre les discriminations, à l’attention des enseignants et des élèves. Objectif: pointer les préjugés à l’origine des discriminations, faire connaître la loi et les recours. «
Dans l’Éducation nationale ces sujets ont longtemps été secondaires, déclare-t-il. Une circulaire comme celle d’avril 2008, alertant sur l’homophobie, était impensable il y a dix ans(1). La société évolue, l’école doit s’adapter.» Parce que c’est là qu’on apprend le respect. «Et parce qu’elle-même peut être discriminante, ajoute Louis Schweitzer, président de la Halde. Par exemple dans l’orientation des filles et des enfants de milieux modestes, cantonnés à certaines filières. Ou dans l’accueil des handicapés, que certains établissements craignent de ne pas savoir gérer.»
Pour Marie Raynal, rédactrice en chef de la revue Diversité, l’enseignement théorique ne suffit pas. «Depuis la Seconde guerre mondiale, la lutte contre les discriminations s’appuie sur un discours d’occultation des différences, moralement méritoire mais inefficace, car il ne correspond pas à la réalité. Les gamins, à l’école, vivent très fortement le poids de la norme. La peur de la non-conformité peut entraîner chez eux de grandes souffrances, impossible à résoudre sans reconnaître l’existence de différences. Il est temps de sortir des bons sentiments pour accepter la diversité telle qu’elle est, et apprendre aux enfants à la gérer. Être différent ne veut pas dire qu’on n’a pas les mêmes droits!»
Maître-mot: expérimenter. Pour Olivier Raballand, de l’association Grandir d’un monde à l’autre, «l’important est de créer la rencontre et la prise de conscience de sa propre singularité». En Loire-Atlantique, son organisation mène des projets de sensibilisation au handicap en milieu scolaire. «On a par exemple fait travailler sur un journal commun une troisième classique et une unité pédagogique d’intégration. Bien que scolarisés dans le même collège, les enfants ne communiquaient pas. Au bout d’un an, ils jouaient ensemble à la récré.»
À Toulouse, le programme «l’autre et l’ailleurs», lancé en 2004, initie les élèves de premier et second degrés, en Zep et hors Zep, à l’interculturalité. «Les préjugés qui mènent aux discriminations naissent de notre ignorance les uns des autres, explique Kag Sanoussi, directeur régional de l’Acsé en Midi-Pyrénées. L’absence de l’histoire de l’immigration dans les manuels scolaires biaise la construction identitaire des jeunes d’origine étrangère. Pour autant, cette histoire ne concerne pas qu’eux, mais toute la France! Le projet, par le biais d’animations (ciné, théâtre, bd...), amène les élèves à s’ouvrir à la différence.» Sans s’y enfermer. « Combler ces tabous est une première étape, permettant ensuite de mieux rassembler. Et de changer de logiciel de pensée: comprendre que l’autre, c’est aussi moi. Que l’ailleurs, c’est aussi ici.»
À condition que les profs soient formés. «Leur enseignement dépend encore de leur rapport personnel à la différence», estime Cécile Sajas, de la Fol-93. En Seine-Saint-Denis, beaucoup sont conscients de l’importance d’évoquer la mémoire de l’immigration. Mais s’ils sont enfermés dans certaines visions, ils risquent de tomber dans l’assignation identitaire.» Idem pour le handicap: «Il y a un gros travail à mener auprès des enseignants, souvent jeunes, démunis face à ces questions et victimes, comme toute une société, de préjugés», témoigne Olivier Raballand.
L’Éducation nationale commence à bouger. Le récent cahier des charges de formation des maîtres indique que le professeur «doit connaître les éléments de sociologie et de psychologie lui permettant de tenir compte, dans le cadre de son enseignement, de la diversité des élèves et de leurs cultures». Des sessions de formations des cadres de l’Education s’organisent… «Ces dynamiques doivent impérativement s’appuyer sur des partenariats entre acteurs, avertit Kag Sanoussi. La réussite de “l’autre et l’ailleurs” tient dans la relation entre inspection académique, Acsé (pour l’expertise et la formation des intervenants) et artistes (pour la création de supports et l’animation). Personne n’est universel! Travailler ensemble permet de mutualiser les compétences et d’apporter des angles nouveaux.»
À condition d’en avoir le temps… «Les profs disent souvent “je suis 100% favorable au projet mais je ne peux pas tout faire!” indique Kag Sanoussi. Les initiatives d’éducation à la différence ne doivent pas vivre éternellement d’une volonté militante, mais être portées au plus haut niveau, dans un but de cohésion sociale. Il est temps de modéliser des méthodologies et des outils permettant d’étendre les bonnes pratiques.»
1- Le bulletin officiel de rentrée 2009 met aussi l’accent sur la lutte contre la violence et les discriminations, la scolarisation des enfants handicapés et la réussite scolaire des élèves socialement défavorisés.
INITIATIVES
Le mois de l'Autre

Depuis 2005, la Région Alsace et l’académie de Strasbourg mènent une opération de sensibilisation des lycéens et des apprentis au respect de l’autre dans ses différences. Tous les ans, un catalogue de fiches-actions, formulées par des associations locales, est mis à disposition des équipes éducatives. Celles-ci sont incitées à en choisir une et à la mettre en œuvre. 16.000 participants en 2008, 275 actions menées.
Eduquer à la coopération
Créée en 1928, l’Office central de la coopération à l’école (OCCE) fédère 50000 établissements. «
Notre objectif est de mettre la coopération au cœur du système scolaire, y compris comme outil éducatif, explique Christian Robillard, secrétaire général.
Le travail d’équipe est très important: on évalue autant ce que l’enfant a appris que comment il l’a appris. Principes de base: l’entraide et la prise en compte de tous. On apprend avec les autres, par les autres, pour les autres, pas seul contre les autres.» Facile? «
On ne naît pas coopérateur! Tout est mis en œuvre pour favoriser les interactions.»
www.occe.coop
Pourquoi tu as deux mamans ?
Que faire quand un enfant, dans une classe, a deux papas ou deux mamans? Comment lui expliquer, qu’on soit parent ou professeur? Le livre de Nathalie Sizaret Pourquoi tu as deux mamans? évoque l’homoparentalité avec des mots tout simples. Un album pour les petits, qui parle avant tout de bonheur et d’amour. Illustré par Daphné Dejay, édité à compte d’auteur.
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(1) : disponible prochainement