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Keziah Jones : interview

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26 Août, 2009
Par: Réjane Ereau

Depuis le carton de Rythm is love en 1992, Keziah Jones balade sa guitare et sa blufunk attitude sur les routes d'Afrique et d'Europe, avec humanité, intelligence et élégance. Et dis, Keziah, si je te dis...

Solidarité ?

Vu les nombreuses fractures dont souffre actuellement le monde, elle est essentielle. Je ne suis pas politicien, je suis juste musicien, mais je crois que la musique peut aider à rassembler des gens autour d’une cause, quelle qu’elle soit. Le moins que je puisse faire, en tant qu’artiste, est de participer à ce mouvement. D’où, par exemple, ma participation à Solidays (1).

 
Politique ?
Ma musique et les textes de mes chansons sont le reflet de mon environnement. J’ai grandi au Nigeria, un pays victime de nombreux coups d’état militaires. Il m’a fallu du temps pour comprendre que cette instabilité politique arrangeait bien les entreprises occidentales, qui profitent de la fragilité du pays pour contrôler le système économique et acheter des matières premières à pas cher. J’ai pris conscience de ça lorsque je suis venu étudier en Europe – tout comme Fela Kuti a dû traverser l’Atlantique pour découvrir le black power et la lutte pour les droits civiques, comprendre son africanité et la situation du Nigeria, puis, une fois rentré au pays, se mettre à agir. Sortir de chez soi permet de prendre du recul, de voir les choses sous de nouveaux angles. Mais si ma musique fait référence à des faits politiques, elle n’offre pas de solution. Le rôle de l’artiste, selon moi, est d’être un miroir, le plus fidèle possible. Pour que les gens se disent « ok, je comprends » et aient envie d’aller plus loin.
 
 

Culture?

 
La culture africaine a toujours suscité beaucoup d’intérêt: plein d’Occidentaux s’en sont inspirés, sont venus chercher sur notre sol de nouvelles idées. Il est temps que les artistes originaires d’ici fassent attendre leur voix, se fédèrent pour dire «on est là». J’ai envie de créer un festival à Lagos, réunissant des musiciens portés par une même démarche spirituelle. L’esprit de Fela Kuti est à la base de ce projet: il a inspiré toute une génération, aussi bien au Nigeria qu’aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs. Cet événement permettrait l’échange et la prise de conscience, entre les musiciens et avec le public, sur la manière dont nous voyons et vivons la spiritualité. Reste à lui donner vie ! Récolter des fonds et trouver une date qui conviennent aux différents artistes que je souhaite convier, n’est pas une mince affaire, mais je reste convaincu que c’est une super idée.
 
Public ?
 
Depuis le début de ma carrière, le mien s’est beaucoup élargi. D’abord essentiellement composé de musiciens et d’amateurs de folk-rock, il s’est progressivement élargi à des gens plus jeunes, plus vieux. Quand j’ai commencé, j’étais seul dans mon genre. Aujourd’hui, il y a aussi Ayo, Asa, Nneka... Le courant blufunk est devenu grand public, les gens savent que quelque chose est en train de se passer.
 
Bafuka?
 
A Lagos, ce mot d’argot désigne tout ce qui est un peu pourri, déglingué. Chez nous, une voiture neuve rouille au bout de six mois, à cause du climat et du manque d’entretien. Le gouvernement peut décider de construire un pont puis arrêter les travaux en plein milieu, obligeant la population à faire de grands détours. On a aussi des buildings superbes… sans électricité à l’intérieur. On est des spécialistes de la bafukation! Ce concept me permet de critiquer la situation dans mes chansons. Mais attention, il n’est pas l’apanage du Nigeria: dans les pays occidentaux, tout est beau dans les rues, mais la bafukation est à un autre niveau. Moins visible, mais peut-être, du coup, plus perverse!
 
Métro?
 
C’est là que j’ai fait mes débuts à Paris. A l’époque, j’avais la RATP et la police sur le dos. Quand je suis retourné y jouer vingt ans après, pour le lancement de l’album Nigerian Wood, c’était avec le soutien officiel et les encouragements des autorités! La boucle est bouclée. Dans mon esprit, c’est la preuve que j’ai avancé.
 

 


(1) Festival français destiné à collecté des fonds pour la lutte contre le VIH.

 
P_Keziah Jones
P_Keziah Jones
Keziah Jones
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