Moyen Orient Musique

Izabo : fun machine

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2 Mars, 2009
Par: Réjane Ereau

D’ordinaire, Ran Shem-Tov, leader du groupe israélien Izabo, compose, écrit, chante… mais ne parle pas. L’interviewer, exercice périlleux ou rare privilège ? Rencontre d’un mec à l’image de son univers : un peu barré, mais sérieusement accrocheur.

Izabo est présenté comme « le plus grand succès alternatif » d’Israël. Alternatif à quoi ?

A la variété grand public. Comme on chante en anglais, qu’on mélange rock’n’roll et sonorités arabes, on propose quelque chose de complètement nouveau. Pas tant dans les ingrédients eux-mêmes que dans la façon de les arranger, de les jouer. La musique d’Izabo est facile à ingérer : une fois que tu y as goûté, t’es complètement accro !
 
Vous tournez aussi en Angleterre, où la scène indie est déjà très fournie. Que pensez-vous lui apporter ?
 
Une vibe différente, des choses qu’ils ne maîtrisent pas forcément. Plein de gens mixent rock et sonorités orientales, expérimentent des choses dans ce domaine ; la force d’Izabo, c’est que tout ça, chez nous, est parfaitement naturel. Ce n’est pas une recherche, ça fait partie de nous.
 
Secret de ton originalité ?
 
Je me suis mis à écrire des chansons parce que rien, dans le paysage musical des dix dernières années, ne m’accrochait vraiment. Je fais de la musique pour entendre ce que j’ai envie d’entendre, et que je ne trouve nulle part !
 
Jouer à l’étranger, une liberté supplémentaire ?
 
Je me posais la question quand j’étais plus jeune, et que mes parents, en Israël, étaient dans la salle ! Aujourd’hui, je fais comme je le sens, où que je sois. Tant que les gens dansent, je suis heureux.
 
Le public français ?
 
Aussi réactif que le public israélien. Là-bas comme ici, pendant les concerts, les gens dansent, chantent, se lâchent. Les Anglais sont plus distants. Peut-être parce qu’ils sont moins ouverts aux rythmes orientaux. En Allemagne et en Hollande, ça commence aussi à prendre.
 
Vous échappez à la case "world music"…
 
Parce qu’on fait du rock : je n’ai jamais touché une guitare acoustique de ma vie ! Et parce qu’on chante en anglais.
 
Hasard, choix, nécessité ?
 
Je suis nourri de rock des années 60. J’aime la sonorité de l’anglais ; pour moi, c’est la langue qui convient le mieux au rock’n’roll. Comme le français va bien aux choses douces, romantiques… ainsi qu’au rap : j’adore le rap en français !
 
Et l’hébreu ?
 
Tout juste bon à dire « donne-moi un shawarma » ! Je ne trouve pas que ce soit une belle langue. D’ailleurs, d’habitude, je ne parle pas : je n’ouvre la bouche que pour chanter - en anglais !
 
Tu peux continuer l’interview en chantant, si tu veux...
 
Ok, apporte-moi une guitare !
 
On qualifie ta musique d’optimiste. Le mot te va bien ?
 
Parfaitement ! Ca ne veut pas dire que je pense que l’avenir va être formidable, mais que je crois au moment présent. Là, maintenant, tout va bien. Quand j’écris ou que je compose, je ne me fais pas des nœuds au cerveau, je suis dans l’instant. Je m’amuse. Je file ma vibe disco rock.
 
Ton optimisme déteint-il sur la jeunesse israélienne ?
 
Les Israéliens sont toujours optimistes. Quand tu vis dans ce genre d’endroit, t’es obligé de te dire : « demain va être ok ».
 
Réactions de ton public qui t’ont surpris, touché ?
 
Globalement, les gens me disent surtout que ma musique les rend heureux, qu’elle leur donne la pêche pour la journée. Les plus âgés nous apprécient parce qu’on renoue avec des sonorités sixties, les plus jeunes aiment notre groove. Il y a même un gamin de cinq ans qui connaît tous nos textes par cœur, en anglais ! Un jour, à Paris, un Libanais est venu me dire qu’il détestait les Israéliens… jusqu’à découvrir Izabo. Notre groupe lui a fait revoir son point de vue.
 
Pourrais-tu être plus politique ?
 
Ce n’est pas mon truc. Jonathan (le bassiste de la bande) aurait plein de choses à dire sur la politique, mais ce n’est lui qui écrit les chansons, c’est moi ! Alors je fais ce que je veux… Mon truc à moi, ma source d’inspiration, c’est le quotidien.
 
Quelles différences entre vos deux albums, Fun Makers et Super light ?
 
Le second est la continuité du premier. tous les deux sont frères. Notre démarche reste la même. Super light est peut-être moins alternatif… Certaines chansons de Fun makers dataient de 10 ou 12 ans, celles de Super light ont toutes été composées dans un intervalle de deux ans. J’écris plein de morceaux puis je les fais écouter au groupe ; on choisit ensemble celles qui nous bottent le plus. Les arrangements permettent de créer une unité entre des titres a priori très différents.
 
Comment tu composes : tu mets des mots sur une mélodie, ou l’inverse ?
 
Généralement, tout commence par une mélodie qui me traverse la tête. Mais je ne me la fredonne jamais avec des « tralala » ; des mots l’accompagnent tout de suite, il y a toujours une idée qui va avec. Pour moi, le plus important, c’est la mélodie : si le texte est bien mais que la musique ne suit pas, je mets la chanson au placard. Ça ne m’empêche pas d’être très exigeant sur les paroles. Je travaille mes textes jusqu’à les trouver parfaits, au mot près. Je suis extrêmement vigilant à leur signification, à leur effet. J’aime avoir des mots épicés en bouche, qu’ils aient de la rondeur, du piquant, de la saveur.
 
Tu es un serial writer. Tenté d’écrire autre chose que des chansons ?
 
J’adore écrire, c’est vrai, mais je déteste être seul. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai arrêté mon activité précédente : la peinture. Ecrire un roman, c’est comme peindre un tableau : un exercice solitaire. J’aime le contact avec le public, l’énergie qui se dégage de ces échanges. J’ai besoin de l’empathie des gens, de les voir danser, chanter, heureux.
 

 

 
P_Izabo
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Article paru dans
Numéro 21
Mars - Avril - Mai 2009
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