Pas seulement pour des raisons éthiques : « Les chaînes britanniques grand public voient leur audience baisser. Dans le même temps, la proportion des minorités ne cesse d’augmenter. » Et pour cause : elles représentent10% de la population anglaise ; jusqu’à 30% à Londres ; bientôt 50% dans des villes comme Leicester ou Birmingham. «Ridicule donc de ne pas s’intéresser à elles ! Si les chaînes grand public ne leur fournissent pas une information et des programmes qui les touchent, où elles se sentent représentées, elles se tourneront vers d’autres sources d’information, comme Al-Jazeerah, le Net ou les médias de niche.»
Facile de bouger les mentalités en interne ? « Notre ennemi numéro un n’est pas le racisme mais la précipitation. Je ne crois pas que les journalistes évacuent volontairement la question des minorités – pour faire ce métier, il faut être un minimum curieux et ouvert d’esprit ! Mais ils tendent à aller vite. Pour réagir rapidement, ils se tournent vers les gens qu’ils connaissent, les réseaux qu’ils maîtrisent. Si tu leur dis « sors un peu de ton milieu », ils te répondent « pas le temps » ! Pour secouer les consciences, nous forçons parfois nos producteurs à trouver des experts noirs ou asiatiques. Nous avons aussi mis en place une liste de contacts ; pas pour que nos journalistes aillent systématiquement piocher dedans, mais pour commencer à les sensibiliser et créer de nouveaux réflexes. »
Face à une question « diversité », Robin lui-même a pris l’habitude d’envoyer un mail consultatif à tous les gens qu’il sait « sensibles à ces sujets, issus ou non de minorités. Mine de rien, ça fonctionne ! » Autre initiative : la création d’un « groupe diversité » au sein d’ITN, composé de dix personnes, « de toutes les couleurs », qui lui apporte conseil et soutien. « On ne se réunit qu’une fois par trimestre, mais l’existence même de ce groupe envoie un message positif à la rédaction ».
Monitoring et mentoring
Et après ? « L’important est de pouvoir mesurer, pour savoir où tu en es. A ITN, à peu près 10% de l’équipe est issue des minorités ethniques ; un chiffre assez satisfaisant au regard de la population anglaise, mais pas fameux quand tu considères qu’on est basé à Londres… Nous mesurons aussi la diversité de nos programmes. Un exercice un peu faussé quand tu fais de l’info, car il suffit d’une crise en Afrique ou d’un fait divers dans un quartier noir de Londres pour doper les statistiques, alors que ce que tu montres n’est pas positif. Malgré tout, ce genre d’exercice reste utile. » Jusqu’à fixer des objectifs aux équipes ? « On y réfléchit, mais on n’est pas encore décidé. Ça peut permettre d’avancer, mais aussi biaiser les choix. »
Autre priorité : améliorer le traitement qualitatif de la diversité. « Cela passe par l’accession à des postes de responsabilité éditoriale de journalistes issus des minorités, ainsi que par une plus grande proximité entre nous et les communautés. Certains de nos collaborateurs noirs ou asiatiques, alors qu’ils sont d’excellents professionnels, ont tendance à s’autocensurer, à se sentir d’éternels outsiders face à la masse blanche… Pas normal ! On doit les aider à prendre confiance, exprimer leur potentiel et monter dans la hiérarchie. J’essaie aussi d’aider des jeunes à pénétrer la profession, en participant à des rencontres, en les mettant en contact avec d’autres professionnels des médias… » Autre idée : organiser une soirée à ITN pour un public de minorités, «afin qu’il discute avec l’équipe, découvre notre fonctionnement et nos programmes, donne son avis, soumette ses idées. La coordinatrice de notre édition londonienne anime déjà un panel de ce genre, ça fonctionne bien. » L’occasion, « essentielle », de créer du lien. Voire de repérer les talents de demain. « Des talents souvent non conventionnels, porteurs d’expériences de vie différentes. Vital pour une chaîne grand public !»

















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