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Israël / Palestine : que peut le cinéma ?

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30 Novembre, 2009
Par: Réjane Ereau

Du 2 au 13 décembre 2009, les Trois Luxembourg (Paris) accueillent la troisième édition du festival « Que peut le cinéma », promoteur de films engagés du Moyen-Orient. Entretien avec Janine Halbreich-Euvrard, sa fondatrice, critique de cinéma et auteur du livre "Israéliens, Palestiniens, que peut le cinéma ?"

D’où te vient ton intérêt pour ce cinéma ?

Je suis 100% juive, laïque, depuis longtemps engagée politiquement contre toute forme de colonialisme et de racisme. J’ai milité d’abord pour l’Algérie, puis pour l’Afrique du Sud et enfin, tout naturellement, pour le peuple palestinien. Depuis trente ans, j’apporte mon soutien aux cinéastes activistes, engagés pour la liberté des peuples. La première édition du festival, en 2003, était centrée sur Israël et la Palestine. Gros succès, malgré les menaces, les lettres d’injures et la nécessité d’une sécurité accrue ! Depuis, nous avons ouvert la programmation au reste du Moyen-Orient (Irak, Iran, Liban, Syrie).

Quel genre de films privilégies-tu ?

Beaucoup sont des documentaires, très peu distribués en salle. Les films palestiniens sont rarement des fictions. On peut le regretter, mais l’heure n’est pas à la rigolade… En outre, produire une fiction demande beaucoup plus d’argent. C’est notamment pour ça qu’une comédienne comme Hiam Abbass (à voir par exemple dans Les citronniers) vit aujourd’hui à Paris et travaille à l'international. Le jour où il y aura plus de fiction, les films seront plus distribués. D’où la nécessité, pour permettre à ces voix d’être entendues, de trouver des leviers pour financer la fiction palestinienne et la distribuer.

Ton œil sur le cinéma israélien actuel ?

Il dispose indéniablement de moyens et de talents. Pas une semaine sans qu’un nouveau film ne sorte en France! Ce ne sont pas forcément des oeuvres militantes, mais de beaux films d’auteur, sur des questions de société. S’ils n’abordent pas la question du conflit palestinien, beaucoup pointent les autres clivages et blocages sur la société israélienne : racisme des ashkénazes envers les séfarades, situation des femmes face aux tabous religieux… Ils montrent à quel point la société israélienne peut être fermée et schizophrène.

Côté palestinien et arabe israélien ?

Ce cinéma est moins visible, car sa distribution commerciale est très faible. Mais même s’ils n’ont pas encore pas les moyens de faire des films « vendeurs » à l’international, les Palestiniens et les Arabes israéliens tournent énormément, signe d’un besoin de s’exprimer, de dire à l’autre ce qu’ils vivent. Leurs films sont beaucoup plus simples et bon marché, souvent tournés en petite caméra numérique.

Quel rôle peut jouer le cinéma ?

En Israël, même les films très engagés sortent en salle, ce qui n’empêche pas Lieberman et Netanyahu de fonctionner ! Si le cinéma était vraiment une arme (ce qu’il ne sera jamais), il n’existerait plus… Les films circulent pas mal dans les universités : les jeunes israéliens en ont marre de cette vie-là (tension, service militaire, etc.). Même si ce n’est pas toujours pour de « bonnes raisons » (ils ne sont peut-être pas pro-palestiniens pour autant), les jeunes souhaitent que ça s’arrête. Le rôle du cinéma, en tant qu’arme politique, est de casser les visions véhiculées par la télévision et les médias de masse, de montrer la réalité à travers ceux qui la vivent. Pas seulement via des images de violence et de lutte armée, mais aussi de la vie quotidienne. Dans les territoires palestiniens comme ailleurs, on fait l’amour, on aime manger, s’amuser !

Temps forts de « Que peut le cinéma" 2009 ?

Une journée de projections et de rencontres sera consacrée à la ville de Jérusalem, une autre à Gaza. On dédiera aussi une journée aux femmes, de plus en plus nombreuses à faire des films, côté israélien comme palestinien. On abordera aussi la colonisation et l’appropriation des territoires. A noter que depuis 2003, les débats sont gérés par Dominique Vidal, du Monde Diplomatique, en présence de personnalités spécialistes du Moyen-Orient.

Public du festival ?

On touche beaucoup de convaincus… J’aimerais à attirer aux Trois Luxembourg tous les gens qui se précipitent au Châtelet pour écouter le Trio Joubran !


Infos et programmation : www.quepeutlecinema.com

 
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