D’où vient votre passion pour l’eau ?
D’abord de mon enfance. Je suis né en Suisse et gamin, j’habitais sur le Haut-Rhin, le Rhin alpin. J’avais l’habitude de me baigner dans le lac de Constance. Ce Haut-Rhin a été transformé sous mes yeux. La France l’a canalisé et l’a rendu dans le même temps « classique ». Finis les méandres, mes yeux d’enfant étaient consternés !
Quel est l’état de santé des fleuves aujourd’hui ?
En Europe, seuls 10% restent en bon état. Evidemment, ce sont les fleuves qui se trouvent dans les régions les plus reculées. 90% sont infectés par la pollution ou par les aménagements humains comme les barrages. Parmi les fleuves infectés, la moitié a subi des dégâts très importants si bien qu’on ne parle plus d’écosystème. Pour l’autre moitié, les préjudices ne sont pas irréversibles. On peut sauver ces fleuves sans faire de grands investissements.
Que faites-vous concrètement pour améliorer leur situation ?
Quand cela s’avère nécessaire, nous sensibilisons les populations locales et faisons pression sur les gouvernements pour éviter des aménagements dangereux. Nous l’avons fait avec succès en France pour la Loire. L’Europe se construit doucement, et nous, parallèlement, on tente d’organiser l’Europe des fleuves. Nous fédérons les ONG, les associations qui s’engagent pour leur restauration et les aidons financièrement. C’est le réseau ERN (European Rivers Network). Plus récemment, nous avons créé Aquanet pour les zones touristiques et agricoles méridionales. Toujours avec la volonté de préserver leurs ressources en eau menacées d’épuisement.
Souhaitez-vous redonner aux fleuves leur cours originel ?
Rendre la vie, la vitalité et la dynamique d’un fleuve, ça oui ! Mais leur redonner leur cours originel reste, en réalité, un rêve ! Les installations dans certains cas sont quasiment irréversibles, il est impensable de les enlever donc il faut vivre avec. On ne va pas détruire le centre-ville de Zurich pour laisser divaguer à nouveau la Limmat. On peut améliorer, toutefois, certains équipements. Des barrages peuvent être supprimés. Certains sont inutiles, d’autres trop vieux… Le plus important, c’est de tout faire pour améliorer la qualité de l’eau.
À quand du poisson et des baigneurs dans nos fleuves ?
En Asie et en Afrique, la dégradation continue, mais c’est valable partout sur la planète où on doit faire face à des pollutions qui datent de très longtemps, comme dans le Rhône où on a trouvé des pollutions vieilles de 40 ans. Le constat est triste mais je suis d’une nature optimiste. On commence à dépolluer les rivières, des plans de restauration pour les cours d’eau sont envisagés, des stations d’épuration modernes, équipées voient le jour. On a fait en sorte que les industries polluent beaucoup moins et nous avons aujourd’hui des résultats positifs, les tendances changent. Aujourd’hui, certaines rivières sortent de l’urgence. Elles vont mieux grâce à cette dynamique. Résoudre tout du jour au lendemain, non ! Mais dans 10 ou 15 ans, la prise de conscience des problèmes écologiques fera qu’on nettoiera nos fleuves.

















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