L’Île de la Réunion a une histoire très courte (un peu plus de 300 ans). Migrants, ou amenés de force, y sont venus des Mozambicains et d’autres Africains, des Malgaches, des Gujaratis, des Tamouls, des Européens, des Chinois. Des gens du Yémen, de Malaisie, du Vietnam, des Comores... Sur ce petit territoire (2 500 km2, 820 000 habitants aujourd’hui), on trouve deux des grands monothéismes (christianisme et islam), deux des autres grandes religions (hindouisme et bouddhisme). Mais aussi des rites afro-malgaches. Sunnisme et chiisme, catholicisme et protestantisme, rites aux ancêtres... Églises, mosquées, temples bouddhistes, temples hindous, petits dieux sur les routes...
Un pluriel singulier
Dans chaque famille, le métissage est très poussé. Le jeu de hasard génétique fait que l’on trouve, dans chacune, des personnes au « type » très différent. Difficile de dire de manière sûre quelle est l’origine des grands-parents d’un individu ! Mais cela ne suffit pas pour expliquer cette pluriculture. Ce que nous appelons « créolisation » est fondamental : aucun groupe n’a pu dominer ethniquement. Chacun, pour survivre et s’intégrer, devait emprunter à un autre. Une dynamique de l’emprunt et de la négociation : chacun est singulier, mais tous veulent vivre ensemble. Les valeurs que les Réunionnaises et Réunionnais associent le plus avec leur culture sont tolérance ou respect, solidarité et métissage. C’est parlant.
L’exemple d’un vivre ensemble
En France hexagonale, la société est déjà plurielle. C’est une réalité incontournable. Mais une partie de cette société a peur, s’accroche à une idée d’elle-même totalement dépassée. La France s’est construit une représentation rigide de l’unité, comme si toute différence était d’abord signe de division, de « communautarisme ». Aimé Césaire disait qu’il ne fallait ni se diluer dans l’universel, ni se replier dans le singulier. Une pluriculture bien comprise,c’est cela : tenir ensemble le singulier et l’universel. Tous les citoyens français ont beaucoup à apprendre de l’outre-mer, les lecteurs de Respect mag comme les autres. La Réunion offre l’exemple d’un vivre ensemble où singularités et intérêt général se conjuguent sans exclusion de l’un ou de l’autre. Vivre ensemble, c’est apprendre à vivre avec des personnes qui partagent non pas toutes nos croyances et pratiques, mais une vision de l’intérêt général. Une constante négociation à l’œuvre qui n’évite pas les conflits, mais au contraire, les confronte au nom de ce vivre ensemble.

















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